Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/01/2017

Le patriotisme anti-impérialiste de Mehmet Ali Aybar

turquie, Mehmet Ali Aybar, TİP, communisme, kémalisme, chypre, vietnam,

 

"Le leader du parti ouvrier turc préconise la transformation de Chypre en un Etat fédéral neutre", Le Monde, 11 décembre 1967 :

"Venant de Copenhague, où il a présenté un rapport au "tribunal Russell", M. Mehmet Ali Aybar, leader du parti ouvrier de Turquie, vient d'effectuer un court séjour à Paris avant de rentrer à Ankara. Pour lui, un lien existerait entre le Vietnam et la Turquie, "contrées éloignées l'une de l'autre par des milliers de kilomètres, mais qui occupent des positions capitales dans les plans d'hégémonie mondiale des Etats-Unis".

M. Aybar, dont le parti compte quatorze parlementaires, a déclaré au Monde : "La présence américaine en Turquie se manifeste par plus de cinquante bases et par cinquante-quatre conventions dont une bonne partie est restée secrète jusqu'à ce jour, malgré toutes les tentatives de l'opposition pour en connaître la teneur. Cela est préjudiciable à la fois à notre amour-propre national et à la sécurité de la Turquie.

- Un retrait éventuel de la Turquie du système militaire de l'O.T.A.N. ne risquerait-il pas de placer votre pays dans l'orbite soviétique ?

- Notre indépendance ne doit dépendre d'aucune puissance étrangère. C'est grâce à une farouche volonté d'indépendance manifestée par notre peuple qu'Ataturk a pu mener la lutte contre les armées d'intervention étrangères et contre ceux qui préconisaient, déjà en 1919, un mandat américain.

"Selon certains, la Turquie pourrait négocier des conditions plus conformes à ses intérêts nationaux, sans pour autant mettre en cause sa participation à l'O.T.A.N. Pour un pays se trouvant dans la situation de la Turquie, il est impensable que des conditions lui assurant des droits égaux puissent lui être reconnues au sein de cette coalition."

Rejetant sur "les Etats-Unis et la C.I.A." la responsabilité des derniers conflits au Moyen-Orient (israélo-arabe et chypriote) M. Aybar estime qu'une paix durable pourrait être établie en Méditerranée orientale si les bases militaires étaient supprimées à Chypre. "A partir de cette île, déclare-t-il, l'Amérique est en mesure de faire peser une menace constante sur les pays du Moyen-Orient, y compris la Turquie et la Grèce. Chypre étant située à 60 kilomètres seulement de nos côtes, nous sommes concernés plus que quiconque par son sort.

- Comment envisagez-vous un règlement au problème chypriote ?

- Nous sommes en faveur de l'indépendance de Chypre, qui serait dotée d'un régime fédéral fondé sur les droits égaux des deux communautés, et dont la neutralité serait sanctionnée par des garanties internationales. La Grèce devrait renoncer à la tentation de l'Enosis, cheval de Troie de l'impérialisme américain, tandis que la Turquie se dégagera de toutes les influences étrangères. Nous sommes persuadés que, dans de telles conditions, l'indépendance de l'Etat fédéral chypriote répondrait aux intérêts fondamentaux aussi bien des deux communautés de l'île que de la Turquie et de la Grèce."

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

19/06/2016

La méfiance des marxistes à l'égard du nationalisme arménien

Anahide Ter Minassian, "Le mouvement révolutionnaire arménien, 1890-1903", Cahiers du monde russe et soviétique, volume 14, n° 4, 1973, p. 559-560 :

"Jamais les marxistes russes, géorgiens et arméniens n'acceptèrent de qualifier de socialistes les partis hintchak et daschnak, qu'ils dénoncèrent toujours auprès des socialistes européens comme des partis nationalistes bourgeois. La conversion officielle des daschnaks au socialisme fut interprétée comme une manoeuvre, point de vue que les S.-R. russes devaient toujours partager. (...)

En 1894, Hovsep Atabékiantz avait traduit, à Stuttgart, le Manifeste du Parti communiste. Il envoya une longue lettre à Engels, sollicitant une introduction pour sa traduction arménienne et décrivant les « atrocités bulgares » dont étaient victimes les Arméniens de Turquie. Engels refusa, invoquant son ignorance de l'arménien, mais à la fin de sa lettre il déclara : « Mon opinion personnelle est que la libération de l'Arménie du joug turc, de même que du joug russe, sera possible lorsque le tsarisme s'écroulera. »

Ainsi, Engels rappelait les leçons de Marx : lutter contre le tsarisme, ne pas favoriser le démembrement de l'Empire ottoman. Cela explique pourquoi les socialistes allemands, dont K. Liebknecht, ont d'abord considéré avec méfiance les mouvements révolutionnaires arméniens en Turquie, qui leur paraissent être menés d'un point de vue totalement étranger au socialisme. Dirigés par des Arméniens de Russie, suspects d'être des agents doubles, ces mouvements tendent à faire éclater l'Empire ottoman, donc à favoriser l'expansion russe en Asie Mineure et à renforcer l'autocratie."

08/05/2016

La contribution du peuple azerbaïdjanais à la victoire sur le nazisme

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 303-304 :

"La seconde guerre mondiale

Environ 600 000 Azéris, peut-être plus, furent mobilisés. Moins de la moitié rentrèrent vivants. Pour une population de moins de 3 millions d'âmes, une telle saignée d'hommes jeunes a été terrible. Comme les autres citoyens soviétiques, ils étaient enrôlés dans les rangs de l'armée régulière ou des unités de partisans opérant en zones contrôlées par l'ennemi, notamment en Ukraine. Pour ceux qui maîtrisaient mal le russe, on créa des « divisions nationales ». Des groupes de partisans « internationalistes » furent aussi envoyés soutenir la résistance communiste, surtout en France et en Yougoslavie.

A l'intérieur du pays, la population était soumise à une très forte augmentation des rendements pétroliers, industriels et agricoles, car le pouvoir l'avait destiné à être un grenier pour les ressources alimentaires. A la fois à l'écart du théâtre immédiat des opérations et plus proche des besoins que les régions éloignées de l'empire, elle offrait des commodités logistiques."

Kamal Abdoulla et Michel Malherbe, Parlons azerbaïdjanais. Langue et culture, Paris, L'Harmattan, 2008, p. 30-31 :

"Entre 1941 et 1945, l'Azerbaïdjan participe à la guerre contre le fascisme. Pendant cette période, le pétrole de Bakou revêt une importance capitale. En effet, la majorité des chars et des avions utiliseront cette ressource.

Les héros azerbaïdjanais de l'Union Soviétique comme Hazi Aslanov (1910-1945), Mehdi Husseynzadé (1918-1944) ont fait preuve d'un héroïsme exceptionnel et ont laissé leur nom dans l'histoire. Pendant les années de guerre, le 27 novembre 1944, soulignons la visite à Bakou de Charles de Gaulle, alors dirigeant du mouvement de Résistance et président du Gouvernement Provisoire de la République Française."

07/05/2016

La coopération économique entre les Etats turc et soviétique

G. Skorov, "L'aide économique et technique de l'URSS aux pays sous-développés", Tiers-Monde, tome 1, n° 4, 1960, p. 491-492 :

"L'assistance du monde socialiste aux Etats de l'Orient ne débuta pas dans les années 50, comme on le pense en Occident, mais bien antérieurement puisqu'elle prend ses racines dans les premières journées de la Révolution socialiste d'octobre 1917 qui mit fin pour toujours aux traités inégaux imposés par le gouvernement tsariste aux pays de l'Orient. La renonciation au tribut colonial et le commerce fondé sur une nouvelle base d'égalité allégèrent considérablement le fardeau économique des pays limitrophes de la Russie en apportant une aide sérieuse, bien qu'indirecte, à leurs peuples. Malgré ses immenses besoins l'Etat soviétique assura par la suite une aide économique directe aux pays sous-développés. En 1932, le gouvernement soviétique accorda à la Turquie un emprunt sans intérêts pour 20 ans de 8 millions de dollars amortissable en monnaie turque. Simultanément l'U.R.S.S. fournissait à la Turquie des projets de constructions industrielles, un équipement ultra-moderne, ainsi que des ingénieurs et des techniciens. La formation de cadres techniques turcs était organisée en U.R.S.S."

Daniel Vernet, "Ankara et Moscou comptent tripler en trois ans leurs échanges économiques", Le Monde, 26 juin 1978 :

"Moscou. - L'Union soviétique et la Turquie ont signé, le vendredi 23 juin, un "document politique sur les principes de la coopération, de bon voisinage et d'amitié", à la fin de la visite officielle de M. Bulent Ecevit à Moscou. Ce texte reprend l'essentiel du communiqué publié le 17 avril 1972, après le voyage de M. Podgorny à Ankara, mais il lui donne un caractère plus solennel ; sans toutefois être le pacte de non-agression que souhaitaient les Soviétiques, il ajoute cependant des références constantes à l'Acte final de la conférence d'Helsinki. (...)

Le premier ministre turc, qui avait été reçu jeudi par M. Brejnev, et qui a eu plusieurs heures d'entretiens avec MM. Kossyguine et Gromyko, s'est déclaré "profondément satisfait" de sa visite. Il a surtout insisté sur le développement des échanges économiques et commerciaux avec l'U.R.S.S. L'Union soviétique et la Turquie vont signer à bref délai un accord économique à long terme qui prévoira le triplement des échanges en trois ans. Les échanges soviéto-turcs ont atteint 160 millions de dollars en 1977.

A partir de 1979, l'U.R.S.S. s'est engagée à livrer 3 millions de tonnes de pétrole par an à la Turquie, ce qui représente environ un cinquième de sa consommation. La contrepartie turque sera composée de céréales, de coton, de certains minerais comme le chrome et, au cas où ces livraisons seraient insuffisantes, Ankara paierait la différence en devises convertibles. D'autre part, les Soviétiques apporteront leur aide à l'extraction du pétrole en Turquie."

François Schlosser, "L'Occident malade de la Turquie", Le Nouvel Observateur, 25 février 1980 :

"(...) le voisin soviétique n'est pas resté insensible à l'intéressante évolution des Turcs [dans les années 70]. Moscou n'a pas lésiné sur l'aide : un milliard de dollars de crédits pour construire des routes, un complexe sidérurgique, une raffinerie de pétrole (et quatre milliards en projets, notamment pour une centrale atomique). La Turquie livre ses surplus de grains à l'U.R.S.S., qui lui fournit 10 % du pétrole qu'elle consomme, et en Anatolie orientale des lignes électriques sont directement branchées sur les réseaux soviétiques."

Le plan quinquennal turc (1934)

turquie,atatürk,kémalisme,urss,économie

 

Monique Olivier, "Disparités régionales en Turquie : vers une politique d'aménagement du territoire", Anatolia Moderna, n° 1, 1991, p. 296 :

"La Turquie peut s'enorgueillir d'avoir mis en œuvre l'une des toutes premières expériences mondiales de planification nationale. Les travaux sur le premier Plan quinquennal sont entrepris en 1932 avec l'aide de conseillers soviétiques, et le Plan est adopté en 1934. Ce plan est avant tout une liste détaillée de projets d'investissements plutôt qu'un texte de planification au sens strict du terme. Il s'agissait d'investissements ponctuels et sectoriels destinés à lancer l'industrie. Ce plan a été néanmoins un document essentiel qui a guidé les décisions d'investissement durant cette époque."

06/05/2016

L'hostilité d'İsmet İnönü à l'égard des milieux panturquistes anti-soviétiques

İsmet İnönü, discours à l'occasion de la journée de la jeunesse, Ankara, 19 mai 1944 :

"Le panturquisme est une manifestation dangereuse et malsaine de ces derniers temps. (...) Dans cette condition, nous sommes confrontés à des efforts hostiles à l'existence de la République et de l'Assemblée nationale sous couvert d'idées attrayantes. (...) Il est clair que ceux qui veulent mettre en avant ces idées, qui apporteront seulement des troubles et des désastres, ne peuvent être d'aucune utilité pour la nation turque."

05/05/2016

1944 : Staline empêche une attaque soviétique contre la Turquie

Le maréchal Fiodor Tolboukhine, cité par Akakij Mgeladze dans Stalin, kakim ja evo znal, Tbilissi, 2001, p. 61-62 :

"Lorsque les troupes qui se trouvaient sous mon commandement entrèrent en Bulgarie [en 1944], j'ai téléphoné au camarade Staline et je lui ai proposé de libérer les terres géorgiennes se trouvant en Turquie. Il m'interdit immédiatement de le faire, en me disant que c'était impossible pour des raisons politiques. Mais je ne cessais d'y penser et je me disais qu'il serait peut-être possible de convaincre le camarade Staline, d'obtenir son autorisation. La tentation était grande pour un militaire comme moi. Je rappelai Staline et il me dit de n'y plus penser, car ce serait une aventure. Si le camarade Staline me l'avait permis, j'aurais libéré ces terres en 24 heures, mais le camarade Staline voit plus loin que nous..."

17/04/2016

1990 : la victoire des communistes nationaux en Azerbaïdjan

"URSS : L'opposition battue par les "communistes nationaux" aux élections en Azerbaïdjan", Le Monde, 5 octobre 1990 :

"Contrairement à l'Arménie où le mouvement national démocratique avait gagné les élections législatives en juillet dernier et formé le gouvernement, en Azerbaïdjan voisin, les élections de dimanche ont marqué une défaite de l'opposition. Les résultats du premier tour de scrutin, publiés mercredi 3 octobre, ne lui donnent que 10 % des 260 sièges pourvus. Quarante autres députés du parlement doivent être élus au second tour dans deux semaines.

Profitant de l'état d'urgence imposé par l'armée soviétique depuis son intervention sanglante à Bakou en janvier dernier, le Parti communiste, alors totalement discrédité, a opéré un rétablissement en faisant siens les thèmes nationalistes et le développement économique indépendant. Sous la houlette de son nouveau chef, M. Ayaz Moutalibov, également président de la République et membre du nouveau bureau politique du Parti communiste soviétique, il a emporté la grande majorité des sièges.

Mais l'événement a été surtout le retour fracassant sur la scène politique de M. Geidar Aliev, ex-chef du KGB et du parti local et qui fut membre jusqu'en 1987 du bureau politique du PCUS. Il a obtenu 95 % des voix dans son fief du Nakhitchevan, République autonome azerbaïdjanaise enclavée entre l'Arménie, l'Iran et la Turquie. M. Aliev est vivement contesté par les intellectuels et craint par certains de ses héritiers, qui mettent en cause son népotisme, voire son rôle occulte dans les derniers troubles du Caucase. Mais il reste très populaire dans les campagnes, où l'on apprécie son opposition ouverte à M. Gorbatchev, qu'il a pu récemment exprimer à la télévision soviétique. Bien que cardiaque et âgé de soixante-dix ans, il pourrait briguer à nouveau le leadership local sous la bannière d'un "léninisme azéri", en s'opposant aux nouveaux dirigeants, pourtant issus de son sérail."

07/03/2016

Les relations entre la Turquie kémaliste et l'Espagne républicaine (1936-1939)

Bilâl N. Şimşir, Atatürk ve Yabancı Devlet Başkanları, tome III : "İspanya-Polonya", Ankara, TTK, 2001 :

"Manuel Azaña y Diaz, Président de la République Espagnole, à Son Excellence Président de la République Turque

Grand et Bon Ami :

C'est pour moi une grande satisfaction, en portant à Votre connaissance cette communication, de Vous exprimer mon ferme désir de travailler à maintenir une politique de rapprochement et de cordialité internationale et, en même temps, qu'il sera pour moi une tâche très agréable de resserrer, chaque jour, les bonnes relations qui existent heureusement entre l'Espagne et la Turquie.

Pour obtenir ce résultat, il me sera extrêmement agréable d'avoir l'assurance du précieux concours de Votre Excellence.

Je forme mes voeux les plus fervents pour la prospérité de Votre Nation et pour le bonheur de Votre Excellence.

Votre Bon Ami

(Signé)
MANUEL AZANA

(Contresigné)
Le Ministre d'Etat Julio Alvarez del Vayo

Au Palais National de Madrid
le 6 Septembre 1936

D.B.A. İdari. K. 60-0

No. 38

Manuel Azana y Diaz, Président de la République Espagnole, à Son Excellence Président de la République Turque

Tél. MADRID, le 29.10.1936

Je tiens à adresser à Votre Excellence à l'occasion de la Fête Nationale de la République mes bien chaleureuses félicitations avec les voeux sincères que je forme pour le bonheur de Votre Excellence et la prospérité de Sa Nation.

MANUEL AZANA
Président de la République Espagnole

D.B.A. İdari. K. 60-0" (p. 28-29

"No. 40

Kemal Atatürk, Président de la République Turque, à Monsieur Manuel Azana, Président de la République Espagnole

Tél. ANKARA, le 2.11.1936

Je remercie sincèrement Votre Excellence des souhaits qu'Elle a bien voulu m'adresser à l'occasion de l'anniversaire de la proclamation de la République et La prie de recevoir les meilleurs voeux que je forme pour Son bonheur personnel et la prospérité de la Nation Espagnole.

KEMAL ATATÜRK

D.B.A. İdari. K. 60-0

No. 41

Kemal Atatürk, Président de la République Turque, à Monsieur Manuel Azana, Président de la République Espagnole

Tél. ANKARA, le 13.4.1937

A l'occasion de la Fête Nationale Espagnole je prie Votre Excellence d'agréer avec mes plus vives félicitations les sincères voeux que je forme pour Son bonheur personnel et la prospérité de l'Espagne.

K. ATATÜRK

D.B.A. İdari. K. 60-0

No. 42

Manuel Azana y Diaz, Président de la République Espagnole, à S. E. Kemal Atatürk, Président de la République Turque

Tel. BARCELONA, 15.4.1937

Je remercie très vivement Votre Excellence des félicitations qu'Elle m'a adressée à l'occasion de la Fête Nationale Espagnole et prie Votre Excellence d'agréer mes voeux pour Son bonheur personnel et la prospérité de Sa Patrie.

MANUEL AZANA

D.B.A. İdari. K. 60-0" (p. 30-31)

"No. 46

Kernal Atatürk, Président de la République Turque, à Monsieur Manuel Azana, Président de la République Espagnole

Tél. ANKARA, le 13.4.1938

A l'occasion de la Fête Nationale Espagnole je prie Votre Excellence d'agréer mes plus vives félicitations et mes voeux très sincères.

K. ATATÜRK

D.B.A. İdari. K. 60-0 (...)

No. 47

Manuel Azana y Diaz, Président de la République Espagnole, à S. E. Kemal Atatürk, Président de la République Turque

Tél. BARCELONA, 15.4.1938

Je remercie vivement Votre Excellence de son télégramme de félicitation à l'occasion de la Fête Nationale de l'Espagne.

MANUEL AZANA
Président République

D.B.A. -Idari K. 60-0" (p. 34)

"No. 49

İspanya Cumhurbaşkanı Ekselâns M. Manuel Azana' dan, Türkiye Cumhurbaçkani Vekili Abdülhalik Renda'ya

Tel. BARSELONA, 11.11.1938

A l'occasion du décès du Fondateur de la République Turque, Son Excellence Kemal ATATÜRK, veuillez accepter avec mes plus sincères condoléances les meilleurs voeux pour la continuité de Son Grand Oeuvre.

MANUEL AZANA
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ESP A

D.BA.T.L-A.l-f.1

No. 50

Türkiye Cumhurbaşkanı Vekili Abdülhalik Renda'dan, İspanya Cumhurbaşkanı Ekselâns M. Manuel Azana'ya

Tel. ANKARA, 12.11.1938

Remercie vivement Votre Excellence des condoléances qu'Elle a bien voulu m'adresser à l'occasion de la perte de notre Grand Chef Kemal ATATÜRK.

RENDA

D.B.A.-T.l.-A.l.-f.l." (p. 36)

David Wingeate Pike, La crise espagnole de 1936 vue par la presse française, Toulouse, Université de Toulouse, 1966 :

"Les premiers 150 conseillers et techniciens russes arrivèrent le 13 octobre à Alicante, avec des ordres explicites par Staline d'après lesquels ils ne devaient pas s'exposer au feu ennemi ni, encore moins, au risque d'être faits prisonniers. Les premières cargaisons d'armes arrivèrent le 15 octobre à Cartagena et Alicante. Ce ne fut cependant que le 28 octobre que l'Union Soviétique reprit formellement à Londres sa liberté d'action. (...)

D'autre part, Le Midi soutenait à la fin d'octobre le démenti du gouvernement turc, selon lequel la Russie n'avait pas demandé l'autorisation de faire passer sa flotte de la Mer Noire par les Dardanelles. En réalité, 12 navires russes chargés d'armes destinées à l'Espagne, passèrent entre le premier et le 24 octobre par le Bosphore, vraisemblablement avec l'autorisation du gouvernement turc." (p. 169-170)

İsmail Soysal, Between East and West : Studies on Turkish Foreign Relations, Istanbul, Isis press, 2001 :

"Lorsque, en juillet 1936, la rébellion du Général Franco en Espagne contre le gouvernement socialiste prit le caractère d'une guerre civile, ce qui inquiéta le plus la France fut l'intervention dans ce conflit, du côté de Franco, de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie. En France, le Front Populaire était au pouvoir. Afin d'empêcher que cette guerre civile ne dégénère en un conflit international, le gouvernement de Léon Blum émit, avec l'appui de la Grande-Bretagne, une « Déclaration de non-intervention » qu'il fit accepter aussi à d'autres pays d'Europe. C'est ainsi que fut organisé à Londres un « Comité de non-intervention ». La Turquie soutint sincèrement cette démarche et adhéra au Comité. Néanmoins, l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie ne tardèrent pas à fournir une aide importante en armes et en hommes à Franco, tandis que l'Union Soviétique faisait de même en faveur du gouvernement républicain de Madrid. A ce moment, en Méditerranée, les sous-marins italiens commencèrent à attaquer en corsaires les bateaux se rendant dans les ports sous contrôle des Républicains ou en venant. A titre de mesure préventive contre ces attaques, les Traités de Nyon et de Genève furent conclus les 14 et 17 septembre 1936, sur l'initiative de la France et de la Grande-Bretagne. La Turquie les signa et en appliqua les clauses. Ainsi une collaboration d'un genre nouveau s'instaura-t-elle dans les rapports turco-français." (p. 58)

"Lors de la guerre civile de 1936 en Espagne, l'Italie ayant créé une menace en Méditerranée par l'action de ses sous-marins, la Turquie a participé aux conférences de Nyon et de Genève, convoquées par la Grande-Bretagne et la France afin d'empêcher ces actes de piraterie et signé, le 14 septembre 1937, l'Accord additionnel à cet Arrangement, conclu à Genève." (p. 147)

10/11/2015

L'alliance serrée entre le mouvement de libération nationale turc et la Russie bolchevique

turquie,empire ottoman,jön türkler,kémalisme,atatürk,frounze,russie

 

Maxime Rodinson, Marxisme et monde musulman, Paris, Le Seuil, 1972 :

"La Turquie n'a pas cessé depuis 1908 de vivre dans une atmosphère révolutionnaire. La révolution jeune-turque, le régime à la fois tyrannique, superficiellement et fiévreusement novateur qui en est issu, la guerre de 1914 aux côtés des Empires centraux, l'héroïsme dépensé pour une cause douteuse, la lutte à la fois contre la révolte sourde des allogènes réclamant leur liberté et contre les impérialismes occidentaux qui se partageaient jusqu'au cœur du pays proprement turc, la défaite et l'occupation étrangère, la lutte contre le collaborationnisme des vieux cadres ottomans et l'épopée des paysans anatoliens au combat contre les étrangers que soutenaient tous les Alliés victorieux, mouvement dont Mustafa Kemâl sut prendre la tête, tout cela constituait une atmosphère singulièrement stimulante. Une jeune bourgeoisie, ardemment nationaliste et novatrice, luttait pour son indépendance, pour sa fierté nationale et brisait les vieux cadres de l'Empire ottoman mal rafistolés par les francs-maçons jeunes-turcs. Sous la conduite du jeune Kemâl, elle portait atteinte hardiment aux traditions les plus sacrées. Et au-delà des frontières turques, comme fond de tableau, la nouvelle Europe en gestation douloureuse dominée par l'appel de Moscou et par la lutte contre la vague du bolchevisme qui menaçait le monde entier et semblait pouvoir tout emporter.

Le prolétariat turc était dans l'enfance et la lutte de classes éclipsée, et de loin, par la lutte nationale. La bourgeoisie révolutionnaire turque en avait trop peur pour le laisser s'engager sur la voie que montraient les discours ardents émanant de Moscou ou de Bakou. Elle se sentait assez forte pour mener néanmoins sans faiblir sa lutte contre les impérialismes occidentaux. Elle pouvait même se payer le luxe d'une alliance serrée avec la Russie soviétique." (p. 400)

"A un banquet à Ankara où Frounze appelait la Turquie opprimée à se joindre à la lutte contre les oppresseurs, il [Kemal] répondait sauvagement : « Il n'y a ni oppresseurs, ni opprimés ; il n'y a que ceux qui se laissent opprimer. Les Turcs ne sont pas de ceux-ci. Les Turcs peuvent s'occuper de leurs propres affaires, que les autres en fassent autant. » Mais il était intéressé par la Russie soviétique au plus haut point. C'était une force. Le petit P.C. turc fut toléré un moment, étroitement surveillé bien entendu. La politique de la IIIe Internationale avait changé, d'ailleurs. Fin 1921, le mot d'ordre général devenait la tactique du front unique. L'Internationale prenait conscience du fait que la révolution mondiale n'était décidément pas pour demain. En ce qui concernait spécialement la Turquie, c'était le seul pays au monde qui, pour ses buts propres, luttait contre les mêmes pays que la Russie soviétique, le seul allié possible dans un univers hostile et menaçant. Comme devait le dire Radek un peu plus tard, le pays des Soviets avait intérêt (au moment où l'entente organisait son blocus) à voir les Détroits échapper à l'Angleterre et laisser libre passage au pétrole qui en venait et au blé qui y entrait. « N'oubliez pas, disait-il aux communistes turcs, qu'historiquement le moment n'est pas venu d'engager la bataille décisive ; vous avez encore loin à aller. » Les Turcs comprenaient tout cela et s'engagèrent à observer strictement le « pacte national », l'appui au gouvernement nationaliste ; la lutte contre l'impérialisme occidental, principal ennemi, primait sur la lutte contre la bourgeoisie turque." (p. 403)

Enregistrer