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13/05/2017

Le groupe/revue Kadro

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Dorothée Guillemarre-Acet, Impérialisme et nationalisme. L'Allemagne, l'Empire ottoman et la Turquie (1908-1933), Würzburg, Ergon Verlag, 2009, p. 300-301 :

"En 1932 paraît une nouvelle revue intitulée Kadro, rédigée par six intellectuels kémalistes, parmi lesquels Vedat Nedim (Tör) et Burhan Asaf (Belge), qui, comme l'on s'en souvient, ont tous deux étudié en Allemagne. Font également partie dece groupe Şevket Süreyya [Aydemir], auteur plus tard de la biographie d'Enver pacha, et İsmail Hüsrev [Tökin], qui ont étudié à Moscou. Tous ou presque ont fait partie du parti communiste turc interdit en 1925. Sept ans plus tard, en 1932, leur intention est de formuler une idéologie du kémalisme, et c'est à ce titre qu'ils font paraître la revue Kadro, jusqu'en 1935. (...)

Se référant à la fois à la NEP de Lénine, au modèle de l'économie soviétique planifiée et aux théoriciens de l'économie nationale et du socialisme d'Etat comme Friedrich List, Adolph Wagner et surtout Werner Sombart, les éditeurs de Kadro refusent le libéralisme économique. Tout en se démarquant des idées de Ziya Gökalp et des unionistes, ils défendent la conception selon laquelle la bourgeoisie doit être contrôlée par l'Etat. A ce titre, ils mettent en avant la nécessité de trouver une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme. Défendant l'étatisme économique, ils ne sont pas contre le secteur privé mais estiment que l'Etat doit décider où le secteur privé investit."

Zaki Laïdi, introduction : "A quoi sert l'Union soviétique ?", in Zaki Laïdi (dir.), L'URSS vue du Tiers Monde, Paris, Karthala, 1984, p. 24 :

"En effet, l'hostilité de la Turquie aux puissances occidentales, la priorité accordée au développement économique impulsé par l'Etat ou la recherche d'une légitimité séculière par le pouvoir kémaliste auraient pu faciliter l'ancrage partiel d'une référence de type soviétique dans ce pays. C'est là d'ailleurs une hypothèse qui n'est pas totalement gratuite lorsqu'on se rapporte aux efforts du groupe kadro pour étendre à la Turquie kémaliste les pratiques soviétiques du développement planifié."

Semih Vaner, "La Turquie, la Grèce et les grandes puissances : l'une contre l'autre, trois contre une ou chacune pour soi ?", in Semih Vaner (dir.), Le Différend gréco-turc, Paris, L'Harmattan, 1988, p. 175 :

"Il [Mustafa Kemal] avait obtenu de l'Union soviétique de Lénine, confrontée pourtant à d'immenses privations, une aide économique et militaire précieuse. Certains intellectuels regroupés autour du mouvement Kadro, conseillers écoutés de Kemal, s'inspireront même du modèle soviétique dans la construction du nouvel Etat (pour sa planification économique notamment) formé sur les décombres de l'Empire ottoman et dont le nationalisme turc sera le pilier fondamental."

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14/04/2017

L'anticolonialisme et l'anti-impérialisme de Mustafa Kemal Atatürk

Mustafa Kemal, lettre à Gueorgui Tchitchérine, 29 novembre 1920 :

"Je suis profondément convaincu que le jour où les travailleurs d'Occident et les peuples opprimés d'Asie et d'Afrique auront compris que le Capital international ne se sert d'eux que pour les exploiter et les asservir les uns par les autres dans l'intérêt de ses maîtres, le jour où les masses laborieuses du monde entier auront pris conscience du caractère criminel de la politique coloniale, le pouvoir de la bourgeoisie s'écroulera."

Mustafa Kemal, discours au cours d'une réception en l'honneur de l'ambassa­deur perse Ismail Han, 7 juillet 1922 :

"Si la lutte menée aujourd'hui par la Turquie était uniquement pour son propre compte, cette lutte aurait été peut-être moins longue et moins san­glante. La Turquie déploie un effort énorme et capital. Car la cause que la Turquie défend est celle de toutes les nations opprimées (...)."

Mustafa Kemal Atatürk, déclaration à l'ambassadeur égyptien en 1933, citée par Dünya Gazetesi, 20 décembre 1954 :

"Comme je vois aujourd'hui poindre le jour, je vois de loin l'éveil de toutes les nations de l'Orient (...) Il y a encore beaucoup de nations soeurs qui vont accéder à l'indépendance et à la liberté. Leur renaissance sera, sans aucun doute, dirigée vers le progrès et la prospérité. Malgré tous les obstacles, malgré toutes les difficultés, ces nations seront victorieuses et acquerront la liberté qui les attend (...) Le colonialisme et l'impérialisme disparaîtront de ce monde et alors régnera une ère nouvelle d'harmonie et de coopération qui ne connaîtra aucune discrimination de couleur, de religion et de race entre nations."

27/02/2017

Le respect d'Atatürk pour Trotsky (en tant qu'ancien chef de l'Armée rouge)

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Trotsky à Büyükada.

 

Fritz Sternberg, "Entretiens avec Trotski", Le Contrat social, volume VIII, n° 4, juillet-août 1964, p. 210 :

"Je n'ai jamais entendu Trotski prendre la parole à un meeting mais, en tête à tête avec lui, j'ai parfois senti, le temps d'un éclair, le grand orateur, le tribun du peuple, l'homme qui pouvait, d'une seule phrase, rétablir l'ordre dans une situation confuse.

La maison où il vivait n'était pas gardée par la police, je le répète, bien que des lettres de menaces arrivassent sans cesse d'extrémistes de l'Action française. Je l'ai dit, il avait avec lui deux bergers allemands dressés, et lui-même, son fils et ses secrétaires avaient tous des armes à feu. Le temps étant chaud, je lui demandai un jour s'il sortait beaucoup : il me répondit que ses promenades se limitaient au jardin et que sa santé en souffrait.

Lorsque je m'enquis de Prinkipo [Büyükada], il me répondit : « Oh, les choses étaient mille fois mieux là-bas. J'avais à demeure un policier turc chargé de ma protection, et nous allions souvent à la pêche — non pas avec des cannes et des lignes mais en canot et avec de grands filets. Nous prenions tellement de poisson qu'il y en avait non seulement assez pour moi et ma famille et pour les policiers, mais qu'il en restait une quantité que ces derniers vendaient à bon prix en ville. » Trotski ajouta que c'était l'air sain de Prinkipo qui avait augmenté sa capacité de travail et lui avait permis d'écrire trois gros livres en un temps relativement court.

« Mais n'avez-vous pas été emprisonné en Turquie ? demandai-je. Staline ne l'a-t-il pas réclamé une fois qu'il vous eut fait déporter ?
— Oh oui, Staline l'a réclamé, mais Kemal Pacha a refusé d'obtempérer.
— Pourquoi ?
— Quand la Turquie luttait contre la Grèce, je lui étais venu en aide avec l'Armée rouge. Des compagnons d'armes n'oublient pas ce genre de choses. Voilà pourquoi, malgré les pressions de Staline, Kemal Pacha ne m'a pas coffré. » "

Pierre Broué, Trotsky, chapitre XXXVII : "L'asile en Turquie", Paris, Fayard, 1988 :

"Le gouvernement turc manifesta d'ailleurs un réel intérêt pour son hôte en contribuant lui-même, quoique de façon modeste, à sa sécurité, par la présence d'un certain nombre de policiers, allant jusqu'à choisir, pour commander ce petit détachement, un sous-officier connaissant quelques mots de russe et de français.

Selon Jean van Heijenoort, qui fut pendant sept ans un proche collaborateur de Trotsky, Kemal Pacha aurait gardé à l'ancien chef de l'Armée rouge une vive reconnaissance pour l'envoi d'armes et de matériel au temps de la guerre contre la Grèce. Selon un témoignage, qu'il rapporte, de Gérard Rosenthal, autre proche de Trotsky, Kemal Pacha, au début de 1930, envoya son aide de camp chez Trotsky et chercha à le rencontrer.

Très vite, d'ailleurs, le gouvernement turc avait fait savoir à Trotsky qu'il avait accordé ce visa parce que le gouvernement soviétique l'avait sollicité pour lui pour des raisons de santé, et que cet octroi n'avait fait l'objet d'aucune négociation. Il l'assura aussi de ses bonnes dispositions et de sa détermination d'assurer les meilleures conditions pour un séjour qu'il ne désirait pas limiter. Il le manifesta d'ailleurs en 1932 en délivrant sans difficultés à Trotsky, Natalia Ivanovna et leur compagnons, les papiers nécessaires non seulement au départ, mais au retour, à l'occasion d'un voyage à Copenhague."

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07/02/2017

Les rapports d'amitié entre la Turquie d'Atatürk et l'URSS (années 20 et 30)

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Le maréchal Vorochilov et Atatürk.

 

Stefan Velikov, "A l'occasion du cinquantenaire de la proclamation de la République Turque", Etudes balkaniques, volume 2, 1973, p. 14 :

"Jusqu'à la mort d'Atatürk, la politique turque enregistra pour la période 1923-1938 des succès considérables, surtout par l'établissement de rapports diplomatiques normaux avec l'Union soviétique. Il conviendrait d'affirmer que les rapports d'amitié existant entre la Turquie et l'Union soviétique constituèrent un facteur d'importance dans l'affermissement de la politique étrangère du pays. Lorsque l'Italie fasciste, soutenue par l'Angleterre, se livra à une politique hostile et provocatrice envers la Turquie, l'Union soviétique conclut le 17 décembre 1925 un Traité d'amitié et de neutralité avec la Turquie. Un traité de commerce et une convention maritime furent conclus en 1927 entre la Turquie et l'Union soviétique. Grâce au caractère amical de ces rapports, l'économie turque progressa considérablement en 1942. Le gouvernement soviétique accorda à la Turquie un crédit à longue échéance et sans intérêts de 8 millions de dollars. Le Traité d'amitié et de neutralité signé entre les deux pays en 1925 fut prolongé en 1935 d'un délai supplémentaire de 10 ans. Faisant le bilan de l'utilité et des profits pour la Turquie de l'amitié et de la coopération avec l'Union soviétique, Kemal Atatürk exprima sa profonde gratitude dans un discours prononcé en 1935 devant le VIe congrès du parti populaire, disant entre autres: “Comme toujours notre amitié avec les Soviets demeure solide et sincère. Ayant vu le jour dans les moments pénibles de notre histoire, elle demeurera toujours un souvenir inoubliable et bien cher au peuple turc.” Dans ce même discours, Kemal mit en relief l'aide précieuse accordée par l'Union soviétique à la Turquie au sujet du problème des Détroits qui devait être examiné par la Société des Nations en avril 1935. Alors que l'Angleterre, la France et l'Italie entravaient autant que possible l'examen de la proposition turque, l'Union soviétique, au contraire, appuya la demande de la Turquie. Et c'est justement à cette occasion que Kemal déclara : “Dernièrement, lorsque nous avons soulevé la question des Détroits, l'appui qui nous a été donné en faveur de notre thèse par l'Union soviétique fut de nouveau l'objet d'une démonstration de gratitude et d'amitié profonde de notre peuple envers notre voisine... L'amitié turco-soviétique a toujours contribué au bénéfice de la paix mondiale. A l'avenir, aussi, elle ne sera qu'utile et bénéfique.” "

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07/05/2016

Le plan quinquennal turc (1934)

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Monique Olivier, "Disparités régionales en Turquie : vers une politique d'aménagement du territoire", Anatolia Moderna, n° 1, 1991, p. 296 :

"La Turquie peut s'enorgueillir d'avoir mis en œuvre l'une des toutes premières expériences mondiales de planification nationale. Les travaux sur le premier Plan quinquennal sont entrepris en 1932 avec l'aide de conseillers soviétiques, et le Plan est adopté en 1934. Ce plan est avant tout une liste détaillée de projets d'investissements plutôt qu'un texte de planification au sens strict du terme. Il s'agissait d'investissements ponctuels et sectoriels destinés à lancer l'industrie. Ce plan a été néanmoins un document essentiel qui a guidé les décisions d'investissement durant cette époque."

07/03/2016

Les relations entre la Turquie kémaliste et l'Espagne républicaine (1936-1939)

Bilâl N. Şimşir, Atatürk ve Yabancı Devlet Başkanları, tome III : "İspanya-Polonya", Ankara, TTK, 2001 :

"Manuel Azaña y Diaz, Président de la République Espagnole, à Son Excellence Président de la République Turque

Grand et Bon Ami :

C'est pour moi une grande satisfaction, en portant à Votre connaissance cette communication, de Vous exprimer mon ferme désir de travailler à maintenir une politique de rapprochement et de cordialité internationale et, en même temps, qu'il sera pour moi une tâche très agréable de resserrer, chaque jour, les bonnes relations qui existent heureusement entre l'Espagne et la Turquie.

Pour obtenir ce résultat, il me sera extrêmement agréable d'avoir l'assurance du précieux concours de Votre Excellence.

Je forme mes voeux les plus fervents pour la prospérité de Votre Nation et pour le bonheur de Votre Excellence.

Votre Bon Ami

(Signé)
MANUEL AZANA

(Contresigné)
Le Ministre d'Etat Julio Alvarez del Vayo

Au Palais National de Madrid
le 6 Septembre 1936

D.B.A. İdari. K. 60-0

No. 38

Manuel Azana y Diaz, Président de la République Espagnole, à Son Excellence Président de la République Turque

Tél. MADRID, le 29.10.1936

Je tiens à adresser à Votre Excellence à l'occasion de la Fête Nationale de la République mes bien chaleureuses félicitations avec les voeux sincères que je forme pour le bonheur de Votre Excellence et la prospérité de Sa Nation.

MANUEL AZANA
Président de la République Espagnole

D.B.A. İdari. K. 60-0" (p. 28-29

"No. 40

Kemal Atatürk, Président de la République Turque, à Monsieur Manuel Azana, Président de la République Espagnole

Tél. ANKARA, le 2.11.1936

Je remercie sincèrement Votre Excellence des souhaits qu'Elle a bien voulu m'adresser à l'occasion de l'anniversaire de la proclamation de la République et La prie de recevoir les meilleurs voeux que je forme pour Son bonheur personnel et la prospérité de la Nation Espagnole.

KEMAL ATATÜRK

D.B.A. İdari. K. 60-0

No. 41

Kemal Atatürk, Président de la République Turque, à Monsieur Manuel Azana, Président de la République Espagnole

Tél. ANKARA, le 13.4.1937

A l'occasion de la Fête Nationale Espagnole je prie Votre Excellence d'agréer avec mes plus vives félicitations les sincères voeux que je forme pour Son bonheur personnel et la prospérité de l'Espagne.

K. ATATÜRK

D.B.A. İdari. K. 60-0

No. 42

Manuel Azana y Diaz, Président de la République Espagnole, à S. E. Kemal Atatürk, Président de la République Turque

Tel. BARCELONA, 15.4.1937

Je remercie très vivement Votre Excellence des félicitations qu'Elle m'a adressée à l'occasion de la Fête Nationale Espagnole et prie Votre Excellence d'agréer mes voeux pour Son bonheur personnel et la prospérité de Sa Patrie.

MANUEL AZANA

D.B.A. İdari. K. 60-0" (p. 30-31)

"No. 46

Kernal Atatürk, Président de la République Turque, à Monsieur Manuel Azana, Président de la République Espagnole

Tél. ANKARA, le 13.4.1938

A l'occasion de la Fête Nationale Espagnole je prie Votre Excellence d'agréer mes plus vives félicitations et mes voeux très sincères.

K. ATATÜRK

D.B.A. İdari. K. 60-0 (...)

No. 47

Manuel Azana y Diaz, Président de la République Espagnole, à S. E. Kemal Atatürk, Président de la République Turque

Tél. BARCELONA, 15.4.1938

Je remercie vivement Votre Excellence de son télégramme de félicitation à l'occasion de la Fête Nationale de l'Espagne.

MANUEL AZANA
Président République

D.B.A. -Idari K. 60-0" (p. 34)

"No. 49

İspanya Cumhurbaşkanı Ekselâns M. Manuel Azana' dan, Türkiye Cumhurbaçkani Vekili Abdülhalik Renda'ya

Tel. BARSELONA, 11.11.1938

A l'occasion du décès du Fondateur de la République Turque, Son Excellence Kemal ATATÜRK, veuillez accepter avec mes plus sincères condoléances les meilleurs voeux pour la continuité de Son Grand Oeuvre.

MANUEL AZANA
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE ESP A

D.BA.T.L-A.l-f.1

No. 50

Türkiye Cumhurbaşkanı Vekili Abdülhalik Renda'dan, İspanya Cumhurbaşkanı Ekselâns M. Manuel Azana'ya

Tel. ANKARA, 12.11.1938

Remercie vivement Votre Excellence des condoléances qu'Elle a bien voulu m'adresser à l'occasion de la perte de notre Grand Chef Kemal ATATÜRK.

RENDA

D.B.A.-T.l.-A.l.-f.l." (p. 36)

David Wingeate Pike, La crise espagnole de 1936 vue par la presse française, Toulouse, Université de Toulouse, 1966 :

"Les premiers 150 conseillers et techniciens russes arrivèrent le 13 octobre à Alicante, avec des ordres explicites par Staline d'après lesquels ils ne devaient pas s'exposer au feu ennemi ni, encore moins, au risque d'être faits prisonniers. Les premières cargaisons d'armes arrivèrent le 15 octobre à Cartagena et Alicante. Ce ne fut cependant que le 28 octobre que l'Union Soviétique reprit formellement à Londres sa liberté d'action. (...)

D'autre part, Le Midi soutenait à la fin d'octobre le démenti du gouvernement turc, selon lequel la Russie n'avait pas demandé l'autorisation de faire passer sa flotte de la Mer Noire par les Dardanelles. En réalité, 12 navires russes chargés d'armes destinées à l'Espagne, passèrent entre le premier et le 24 octobre par le Bosphore, vraisemblablement avec l'autorisation du gouvernement turc." (p. 169-170)

İsmail Soysal, Between East and West : Studies on Turkish Foreign Relations, Istanbul, Isis press, 2001 :

"Lorsque, en juillet 1936, la rébellion du Général Franco en Espagne contre le gouvernement socialiste prit le caractère d'une guerre civile, ce qui inquiéta le plus la France fut l'intervention dans ce conflit, du côté de Franco, de l'Italie fasciste et de l'Allemagne nazie. En France, le Front Populaire était au pouvoir. Afin d'empêcher que cette guerre civile ne dégénère en un conflit international, le gouvernement de Léon Blum émit, avec l'appui de la Grande-Bretagne, une « Déclaration de non-intervention » qu'il fit accepter aussi à d'autres pays d'Europe. C'est ainsi que fut organisé à Londres un « Comité de non-intervention ». La Turquie soutint sincèrement cette démarche et adhéra au Comité. Néanmoins, l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie ne tardèrent pas à fournir une aide importante en armes et en hommes à Franco, tandis que l'Union Soviétique faisait de même en faveur du gouvernement républicain de Madrid. A ce moment, en Méditerranée, les sous-marins italiens commencèrent à attaquer en corsaires les bateaux se rendant dans les ports sous contrôle des Républicains ou en venant. A titre de mesure préventive contre ces attaques, les Traités de Nyon et de Genève furent conclus les 14 et 17 septembre 1936, sur l'initiative de la France et de la Grande-Bretagne. La Turquie les signa et en appliqua les clauses. Ainsi une collaboration d'un genre nouveau s'instaura-t-elle dans les rapports turco-français." (p. 58)

"Lors de la guerre civile de 1936 en Espagne, l'Italie ayant créé une menace en Méditerranée par l'action de ses sous-marins, la Turquie a participé aux conférences de Nyon et de Genève, convoquées par la Grande-Bretagne et la France afin d'empêcher ces actes de piraterie et signé, le 14 septembre 1937, l'Accord additionnel à cet Arrangement, conclu à Genève." (p. 147)

10/11/2015

L'alliance serrée entre le mouvement de libération nationale turc et la Russie bolchevique

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Maxime Rodinson, Marxisme et monde musulman, Paris, Le Seuil, 1972 :

"La Turquie n'a pas cessé depuis 1908 de vivre dans une atmosphère révolutionnaire. La révolution jeune-turque, le régime à la fois tyrannique, superficiellement et fiévreusement novateur qui en est issu, la guerre de 1914 aux côtés des Empires centraux, l'héroïsme dépensé pour une cause douteuse, la lutte à la fois contre la révolte sourde des allogènes réclamant leur liberté et contre les impérialismes occidentaux qui se partageaient jusqu'au cœur du pays proprement turc, la défaite et l'occupation étrangère, la lutte contre le collaborationnisme des vieux cadres ottomans et l'épopée des paysans anatoliens au combat contre les étrangers que soutenaient tous les Alliés victorieux, mouvement dont Mustafa Kemâl sut prendre la tête, tout cela constituait une atmosphère singulièrement stimulante. Une jeune bourgeoisie, ardemment nationaliste et novatrice, luttait pour son indépendance, pour sa fierté nationale et brisait les vieux cadres de l'Empire ottoman mal rafistolés par les francs-maçons jeunes-turcs. Sous la conduite du jeune Kemâl, elle portait atteinte hardiment aux traditions les plus sacrées. Et au-delà des frontières turques, comme fond de tableau, la nouvelle Europe en gestation douloureuse dominée par l'appel de Moscou et par la lutte contre la vague du bolchevisme qui menaçait le monde entier et semblait pouvoir tout emporter.

Le prolétariat turc était dans l'enfance et la lutte de classes éclipsée, et de loin, par la lutte nationale. La bourgeoisie révolutionnaire turque en avait trop peur pour le laisser s'engager sur la voie que montraient les discours ardents émanant de Moscou ou de Bakou. Elle se sentait assez forte pour mener néanmoins sans faiblir sa lutte contre les impérialismes occidentaux. Elle pouvait même se payer le luxe d'une alliance serrée avec la Russie soviétique." (p. 400)

"A un banquet à Ankara où Frounze appelait la Turquie opprimée à se joindre à la lutte contre les oppresseurs, il [Kemal] répondait sauvagement : « Il n'y a ni oppresseurs, ni opprimés ; il n'y a que ceux qui se laissent opprimer. Les Turcs ne sont pas de ceux-ci. Les Turcs peuvent s'occuper de leurs propres affaires, que les autres en fassent autant. » Mais il était intéressé par la Russie soviétique au plus haut point. C'était une force. Le petit P.C. turc fut toléré un moment, étroitement surveillé bien entendu. La politique de la IIIe Internationale avait changé, d'ailleurs. Fin 1921, le mot d'ordre général devenait la tactique du front unique. L'Internationale prenait conscience du fait que la révolution mondiale n'était décidément pas pour demain. En ce qui concernait spécialement la Turquie, c'était le seul pays au monde qui, pour ses buts propres, luttait contre les mêmes pays que la Russie soviétique, le seul allié possible dans un univers hostile et menaçant. Comme devait le dire Radek un peu plus tard, le pays des Soviets avait intérêt (au moment où l'entente organisait son blocus) à voir les Détroits échapper à l'Angleterre et laisser libre passage au pétrole qui en venait et au blé qui y entrait. « N'oubliez pas, disait-il aux communistes turcs, qu'historiquement le moment n'est pas venu d'engager la bataille décisive ; vous avez encore loin à aller. » Les Turcs comprenaient tout cela et s'engagèrent à observer strictement le « pacte national », l'appui au gouvernement nationaliste ; la lutte contre l'impérialisme occidental, principal ennemi, primait sur la lutte contre la bourgeoisie turque." (p. 403)

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14/07/2015

Staline et la question du Haut-Karabakh et du Nakhitchevan

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Richard G. Hovanissian, "L'intermède de l'indépendance nationale", Esprit, juin 1984, p. 107-108 :

"Les efforts du gouvernement de l'Arménie soviétique pour récupérer une partie des territoires perdus ne furent soutenus que par des notes diplomatiques très timides de la Russie qui, par ailleurs, était en train de normaliser ses relations avec le gouvernement d'Angora.

Le Comité militaire révolutionnaire d'Arménie arriva à Erevan le 4 décembre, suivi deux jours après par les premiers détachements de l'Armée rouge. Le Revkom, dominé par de jeunes bolcheviques vindicatifs, repoussa immédiatement le

Par le Traité de Moscou (mars 1921), qui établissait des relations d'amitié entre la Russie soviétique et le gouvernement d'Angora, la Turquie abandonna ses revendications sur Batoum et les autres districts en échange de l'abandon par les Russes des tentatives d'obtenir pour l'Arménie soviétique le district Surmalu d'Erevan. Dans ce secteur, la nouvelle frontière turque s'étendit jusqu'à la rivière Araxe ; la plaine fertile de Igdir et le mont de l'Ararat étaient en Turquie. En plus, le traité stipulait que Sharur Nakhitchevan ne serait pas rattaché à l'Arménie soviétique mais constitué en une région autonome sous contrôle de l'Azerbaïdjan soviétique, même s'il était séparé de l'Est de la Transcaucasie par le territoire arménien.

Quels qu'aient été les scrupules de Tchicherine et de Karakhan, ils durent les surmonter à cause du soutien décisif apporté par Staline à la délégation turque.

Comme prévu dans le Traité de Moscou, des termes presque identiques furent employés dans le Traité de Kars (octobre 1921) signé entre la Turquie et les trois républiques soviétiques transcaucasiennes."

Gaïdz Franck Minassian, "Le Haut Karabagh : la guerre pour une enclave", Cahiers de l'Orient, n° 57, 2000, p. 84 :

"(...) Staline dote le Haut-Karabagh et d'autres zones sensibles d'un statut administratif soviétique dans le but de consolider l'équilibre de son système politique naissant. En créant la République Autonome d'Adjarie (Géorgie), la République Autonome du Nakhitchevan et la Région Autonome du Haut-Karabagh (Azerbaïdjan), l'URSS poursuit sa politique amicale avec le régime kémaliste. L'URSS avait déjà fait beaucoup pour les Turcs en les débarassant de la question de l'Arménie turque et en les aidant à se concentrer sur le problème grec. Avec la question du Haut-Karabagh, Moscou doit contenter les Azéris pour qu'ils ne lorgnent pas trop du côté turc. En même temps, Moustapha Kémal n'a pas à craindre un revirement soviétique avec des entités turcophones autour de lui qui encerclent de plus l'Arménie. D'où les interférences légitimes de la Turquie qui, dans les conflits des nationalités, appelle au respect des Traités en vigueur."

30/05/2015

La Russie bolchevique et la ceinture des pays musulmans indépendants (Turquie, Perse, Afghanistan)

Stéphane Yerasimos, "Les Arabes et les Turcs : Quelques repères sur un chemin tortueux", Hérodote, n° 60-61, 1er-2e trimestres 1991, p. 174-175 :

"L'expansion des Empires russe et britannique avait laissé subsister, avant la Première Guerre mondiale, une série d'Etats-tampons situés entre leurs axes de progression : l'Empire ottoman, l'Iran, l'Afghanistan. L'entente des deux grandes puissances en vue de la Première Guerre mondiale entraîna l'extension des zones d'influence sur ces pays, tandis que l'effondrement passager de la Russie en 1917 fit croire un moment à la Grande-Bretagne qu'elle pourrait placer toute cette zone sous son contrôle direct. Cette tentative fut vouée à l'échec non seulement à cause de l'impossibilité de la Grande-Bretagne à gérer tous ses acquis de la guerre, ou de la montée en puissance de l'Union soviétique, mais aussi à cause de la résistance inattendue des pays en question. Mustafa Kemal réussissait à imposer la quasi-totalité de ses revendications nationales, aussi bien territoriales qu'économiques, l'Afghanistan faisait face à une nouvelle guerre anglo-afghane et l'Iran mettait en échec le traité de quasi-protectorat imposé par lord Curzon, entraînant en même temps la chute de la dynastie Qadjar remplacée par un colonel des Cosaques nationaliste, Reza Chah Pahlavi.

Si la remontée en puissance de la Russie pendant la période où ces événements se déroulent (1919-1923) contribue à la résistance des pays en question (notamment l'aide militaire soviétique au mouvement kémaliste fut très importante, sinon déterminante), cette remontée empêche en même temps une rupture entre ces pays et la Grande-Bretagne, puisque la réapparition de l'antagonisme entre ces deux puissances entraîne quasi automatiquement le jeu d'équilibre des pays intermédiaires.

Sans oublier que ces derniers ont eu également pendant cette même période maille à partir avec les Russes. Ainsi, Mustafa Kemal fit une seconde entorse (après Mossoul) à ses revendications territoriales en rétrocédant Batoum, qui avait été abandonné aux Ottomans par le traité de Brest-Litovsk en mars 1918 et les Soviétiques occupèrent au printemps 1920 une partie du littoral caspien iranien.

Ces rapports complexes entraînèrent une série d'engagements. L'Union soviétique, qui reconnut la première le gouvernement d'Ankara par le traité signé à Moscou le 16 mars 1921, signa également des traités bilatéraux avec l'Iran et l'Afghanistan. Enfin, les délégués turcs et afghans, qui se trouvaient à Moscou pour discuter avec les Soviétiques, signèrent sur les instances de ces derniers un traité turco-afghan le 1er mars 1921. Ce dernier traité a aussi une autre histoire. A l'armistice de 1918, les leaders Jeunes-Turcs s'enfuirent en Allemagne et tentèrent de monter, avec des généraux extrémistes allemands et des responsables bolcheviques, une société secrète de subversion en Asie centrale et dans le monde islamique. Un des objectifs, dont la partie turque se charge plus particulièrement, est la résistance afghane contre les Britanniques. Même si Ankara désavoue ces agissements, le traité turco-afghan n'y est pas étranger et la République turque enverra des instructeurs militaires en Afghanistan.

Par ces traités, l'Union soviétique entend peut-être constituer un bloc anti-impérialiste. Il en résultera une ceinture de pays qu'on pourrait aujourd'hui appeler non alignés entre l'Empire russe reconstitué et le Moyen-Orient arabe contrôlé par la Grande-Bretagne et la France."

16/11/2014

Buste en l'honneur d'Atatürk à La Havane

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Buste inauguré à Cuba (La Havane) en 2008, en présence d'İnci Tümay (ambassadrice turque).