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14/04/2017

L'anticolonialisme et l'anti-impérialisme de Mustafa Kemal Atatürk

Mustafa Kemal, lettre à Gueorgui Tchitchérine, 29 novembre 1920 :

"Je suis profondément convaincu que le jour où les travailleurs d'Occident et les peuples opprimés d'Asie et d'Afrique auront compris que le Capital international ne se sert d'eux que pour les exploiter et les asservir les uns par les autres dans l'intérêt de ses maîtres, le jour où les masses laborieuses du monde entier auront pris conscience du caractère criminel de la politique coloniale, le pouvoir de la bourgeoisie s'écroulera."

Mustafa Kemal, discours au cours d'une réception en l'honneur de l'ambassa­deur perse Ismail Han, 7 juillet 1922 :

"Si la lutte menée aujourd'hui par la Turquie était uniquement pour son propre compte, cette lutte aurait été peut-être moins longue et moins san­glante. La Turquie déploie un effort énorme et capital. Car la cause que la Turquie défend est celle de toutes les nations opprimées (...)."

Mustafa Kemal Atatürk, déclaration à l'ambassadeur égyptien en 1933, citée par Dünya Gazetesi, 20 décembre 1954 :

"Comme je vois aujourd'hui poindre le jour, je vois de loin l'éveil de toutes les nations de l'Orient (...) Il y a encore beaucoup de nations soeurs qui vont accéder à l'indépendance et à la liberté. Leur renaissance sera, sans aucun doute, dirigée vers le progrès et la prospérité. Malgré tous les obstacles, malgré toutes les difficultés, ces nations seront victorieuses et acquerront la liberté qui les attend (...) Le colonialisme et l'impérialisme disparaîtront de ce monde et alors régnera une ère nouvelle d'harmonie et de coopération qui ne connaîtra aucune discrimination de couleur, de religion et de race entre nations."

03/04/2017

Turquie-Perse-Afghanistan : la Triple-Alliance du progrès contre l'impérialisme britannique

Robert Louzon, "Salut à la Triple-Alliance du Progrès !", La Révolution prolétarienne, 5e année, n° 76, 15 mars 1929, p. 7 :

"Il n'y a pas qu'un colonel Lawrence !

En même temps que se produisait la révolte des tribus afghanes de la frontière de l'Inde contre l'émir réformateur, des révoltes de même origine se produisaient en Perse, ainsi qu'il résulte d'une correspondance de Téhéran, publiée par le journal ouvrier espérantiste Sennaciulo. Ce fut d'abord à Tauriz : profitant du mécontentement causé par la conscription, le clergé persan tenta de soulever la population. Puis, cette échauffourée à peine calmée, les tribus du Louristan prirent les armes, des armes très perfectionnées, et... naturellement de fabrication britannique. Peu après enfin, c'étaient les habitants du Seistan, province fort éloignée de la précédente, mais, comme elle, limitrophe d'un protectorat britannique, le Beloutchistan, qui se rebellèrent.

C'est donc bien une offensive concertée de l'Empire britannique contre le magnifique effort de libération physique, morale et intellectuelle, qui se poursuit rapidement en Perse et en Afghanistan. C'est la suite des efforts faits par Lloyd George contre la Turquie nouvelle, au lendemain de la guerre, au moyen de Venizelos et de son armée. La Turquie, la Perse, l'Afghanistan, sont les trois seuls grands pays musulmans indépendants ; grâce à cette indépendance, ils sont en train de marcher à une allure magnifique sur la voie du progrès, ce qui contraste singulièrement avec l'état de semi-barbarie dans lequel sont maintenus par l'Angleterre et la France les Musulmans des colonies.

L'Angleterre est prête à tout pour empêcher ce contraste de se poursuivre, pour que, au moins, ils restent dans l'ignorance et l'anarchie, ces peuples qui sont parvenus à échapper à sa domination. Mais on peut prédire à coup sûr, que la défaite du capitalisme britannique sera aussi complète en Perse et en Afghanistan qu'elle l'a été en Turquie. La nouvelle intrigue anglaise n'a eu jusqu'à présent qu'un seul résultat : elle a fait le bloc des trois Etats, des trois Etats modernistes et réformateurs du Proche-Orient. La Turquie, la Perse et l'Afghanistan ont maintenant compris qu'ils ne pouvaient, chacun, poursuivre leur oeuvre de réforme qu'à la condition de se prêter tous trois main-forte contre l'Angleterre, qu'à la condition de constituer le front unique du progrès contre la barbarie. L'arrivée d'officiers turcs à Kandahar pour aider Amanullah dans l'organisation de son armée, a été accueillie par les musulmans avertis, comme la preuve que ce front unique était réalisé, et ils ont salué celui-ci comme le signe de la victoire."

Le traité de neutralité entre l'URSS et la Turquie (1925)

Irandoust, "Le traité entre l'Union soviétique et la Turquie", Cahiers du Bolchévisme, 2e année, n° 35, 15 janvier 1926, p. 114-115 :

"Deux événements considérables se sont produits le 17 décembre, qui détermineront la situation internationale de la Turquie et du Proche-Orient tout entier. A Genève, la S. D. N. a voté une résolution sanctionnant l'occupation de la province turque de Mossoul, réalisée par l'Angleterre en 1918. Le même jour, le camarade Tchitchérine et le ministre des Affaires étrangères, Tewik-Ruchdi, signèrent à Paris un traité qui donne des formes plus précises aux relations d'amitié qui existent actuellement entre l'Union soviétique et la République turque.

La coïncidence des dates et le contenu des documents internationaux cités plus haut, ne sont pas fortuits. La décision de Genève de donner Mossoul à l'Irak, c'est-à-dire à l'Angleterre, fut une excellente illustration des déclarations faites naguère par Chamberlain sur les intentions du gouvernement britannique de transporter « l'esprit de Locarno » en Orient. Quoique la presse turque appelle cette décision « un acte de violence brutale et d'arbitraire révoltant », le ministre anglais des Affaires étrangères avait le courage d'annoncer dans son rapport aux Communes que le gouvernement britannique s'engagerait, dans la question de Mossoul, dans la voie du compromis avec la Turquie « naturellement dans les limites de la décision prise par la S. D. N. ».

Le sens de ces opinions est démasqué par le Daily Herald. Selon ce dernier, deux tendances de la politique asiatique se heurtent au sein du cabinet anglais. L'une tend à un accord avec l'Union soviétique afin d'isoler la Turquie, l'autre préconise un accord avec la Turquie, afin de compléter l'isolement de l'Union soviétique. Comme nous voyons, c'est également « l'esprit de Locarno » de M. Chamberlain qui s'efforce d'affaiblir la résistance à laquelle se heurte la politique impérialiste de l'Angleterre en Orient en isolant l'Union soviétique des pays de l'Orient.

La décision de la S. D. N. dans la question de Mossoul ne résout point du tout la question, tant que la Turquie ne la reconnaît pas. L'opinion publique anglaise est extrêmement inquiète de l'attitude adoptée par la Turquie à propos de la question de Mossoul. Le bruit que la presse impérialiste de toutes les nuances soulève maintenant à propos du danger qui menace la Turquie, si elle ne se soumet pas à la décision de la S. D. N., montre l'anxiété qui règne dans les milieux dirigeants anglais.

Il n'y a pas longtemps que le journal officiel du ministère français des Affaires étrangères constatait avec inquiétude qu'il fallait voir dans les derniers événements en Perse, « le commencement de la constitution d'un groupement étroitement lié, composé de l'union soviétique, de la Perse et de la Turquie, la première étape de l'organisation des Etats orientaux ». Le journal faisait ressortir que cette politique de rapprochement des peuples orientaux constituait un danger immense, non seulement pour la domination anglaise en Asie, mais également pour l'influence européenne tout entière.

C'est pourquoi ces derniers temps tout l'appareil de la diplomatie impérialiste est mis en mouvement, afin de détruire de l'intérieur la menace du rapprochement des peuples orientaux. Les journaux anglais et l'Union soviétique, dont certains points seraient dirigés contre les intérêts de la Turquie. Le journal principal de la réaction anglaise, le Morning Post, dépasse tous les autres dans cette voie en publiant, ces jours-ci, une nouvelle sensationnelle sur un prétendu traité secret entre la Turquie et l'Union soviétique aux termes duquel l'Union soviétique aurait concédé à la Turquie le droit d'occuper l'Azerbeidjan perse. Ce journal honorable s'efforce de faire peur à la Turquie en prétendant que l'Union soviétique, non seulement ne la soutiendra pas dans la question de Mossoul, mais qu'elle prépare, au contraire, des plans d'attaque contre la Turquie, qu'elle convoite l'occupation de Constantinople.

La presse boulevardière de Paris confirme cette « information » en déclarant que l'Union soviétique ne voudrait pas se lier les mains par une convention avec la Turquie, puisque l'Union soviétique pense sérieusement à s'accorder avec l'Occident. La presse bourgeoise espère provoquer ainsi, par ce bavardage incohérent, des querelles entre les différents pays orientaux et semer les doutes sur la politique orientale de l'U. R. S. S.

La presse de l'Union soviétique n'a pas donné beaucoup de place à la réfutation de cette campagne calomniatrice de la presse impérialiste. Cela n'était pas d'ailleurs nécessaire. Le traité publié entre l'Union soviétique et la Turquie fut une excellente démonstration de notre politique orientale, en général, et des relations existant entre l'Union soviétique et la Turquie, en particulier. Le camarade Litvinov déclare, dans une interview, que l'Union soviétique est prête à conclure un traité semblable avec n'importe quel pays désireux d'entrer en relations amicales avec l'Union soviétique. Notre nouvel accord avec la Turquie constitue, de ce point de vue, un contraste parfait avec les méthodes de la politique locarniste en Orient. La décision de la S. D. N. dans la question de Mossoul, sanctionnant la politique anglaise de brigandage, dissipe toutes les illusions locarnistes que le gouvernement anglais s'efforce de répandre en Orient.

Il y a quelques jours, l'organe officieux turc résumait la situation actuelle de la façon suivante : « le caractère impérialiste de la S. D. N. nécessite la création d'une nouvelle alliance, se proposant comme but la libération des peuples asiatiques du joug de l'impérialisme. Cette alliance doit être créée par l'initiative des peuples opprimés du Proche-Orient.

Notre traité avec la Turquie n'est pas dirigé contre un tiers Etat, mais il apparaîtra aux yeux de l'Orient tout entier comme une excellente manifestation d'une véritable politique de paix et de rapprochement des différents peuples."

09/03/2017

Gueorgui Tchitchérine et les relations avec la Turquie kémaliste

Gueorgui Tchitchérine, lettre à Nikolaï Boukharine, début 1927, source : Jon Jacobson, When the Soviet Union Entered World Politics, Berkeley, University of California Press, 1994, p. 50 :

"Pouvez-vous, s'il vous plaît, cesser d'assimiler Tchiang Kaï-chek au kémalisme ? C'est absolument ridicule et cela gâche nos relations avec la Turquie. Gâcher nos relations avec l'Allemagne ne vous a pas suffi ? (...) Maintenant vous êtes vraiment en train de gâcher nos relations avec la Turquie !"

Gueorgui Tchitchérine, lettre à Alexeï Rykov, après le 21 septembre 1929, source : Pavel Chinsky, "Le cadavre en uniforme. Dernières lettres de G. V. Tchitchérine, commissaire du peuple aux Affaires étrangères", Communisme, n° 65-66, 2001, p. 112 :

"La ligne actuelle du Komintern me semble désastreuse. La campagne contre l'appareil d'Etat me plonge dans un état effroyable. En Chine nous payons les frais de la ligne fatale de 1927. En Afghanistan, dix années d'indifférence et d'inaction nous ont laissé perdre un atout exceptionnel. Nos commerciaux et notre indifférence, ainsi que des prises de position ineptes, gâchent tout en Turquie et en Perse."

19/02/2017

Staline et le nationalisme azéri

Moyen-Orient et Maghreb : Histoire - Géographie - Géopolitique - Economie (ouv. col.), Paris, Pearson, 2010, p. 41 :

"Présents en Iran (17 millions) et en Turquie (800 000), les Azéris parlent une langue nourrie d'apports turcs et persans. Très actif en 1945, d'autant qu'il est alors instrumentalisé par Staline qui souhaitait détacher les provinces septentrionales de l'Iran du reste du pays, le nationalisme azéri demeure vivace et peut compter sur le soutien de la République d'Azerbaïdjan (GAMOH : Mouvement du réveil national de l'Azerbaïdjan du Sud)."

30/05/2015

La Russie bolchevique et la ceinture des pays musulmans indépendants (Turquie, Perse, Afghanistan)

Stéphane Yerasimos, "Les Arabes et les Turcs : Quelques repères sur un chemin tortueux", Hérodote, n° 60-61, 1er-2e trimestres 1991, p. 174-175 :

"L'expansion des Empires russe et britannique avait laissé subsister, avant la Première Guerre mondiale, une série d'Etats-tampons situés entre leurs axes de progression : l'Empire ottoman, l'Iran, l'Afghanistan. L'entente des deux grandes puissances en vue de la Première Guerre mondiale entraîna l'extension des zones d'influence sur ces pays, tandis que l'effondrement passager de la Russie en 1917 fit croire un moment à la Grande-Bretagne qu'elle pourrait placer toute cette zone sous son contrôle direct. Cette tentative fut vouée à l'échec non seulement à cause de l'impossibilité de la Grande-Bretagne à gérer tous ses acquis de la guerre, ou de la montée en puissance de l'Union soviétique, mais aussi à cause de la résistance inattendue des pays en question. Mustafa Kemal réussissait à imposer la quasi-totalité de ses revendications nationales, aussi bien territoriales qu'économiques, l'Afghanistan faisait face à une nouvelle guerre anglo-afghane et l'Iran mettait en échec le traité de quasi-protectorat imposé par lord Curzon, entraînant en même temps la chute de la dynastie Qadjar remplacée par un colonel des Cosaques nationaliste, Reza Chah Pahlavi.

Si la remontée en puissance de la Russie pendant la période où ces événements se déroulent (1919-1923) contribue à la résistance des pays en question (notamment l'aide militaire soviétique au mouvement kémaliste fut très importante, sinon déterminante), cette remontée empêche en même temps une rupture entre ces pays et la Grande-Bretagne, puisque la réapparition de l'antagonisme entre ces deux puissances entraîne quasi automatiquement le jeu d'équilibre des pays intermédiaires.

Sans oublier que ces derniers ont eu également pendant cette même période maille à partir avec les Russes. Ainsi, Mustafa Kemal fit une seconde entorse (après Mossoul) à ses revendications territoriales en rétrocédant Batoum, qui avait été abandonné aux Ottomans par le traité de Brest-Litovsk en mars 1918 et les Soviétiques occupèrent au printemps 1920 une partie du littoral caspien iranien.

Ces rapports complexes entraînèrent une série d'engagements. L'Union soviétique, qui reconnut la première le gouvernement d'Ankara par le traité signé à Moscou le 16 mars 1921, signa également des traités bilatéraux avec l'Iran et l'Afghanistan. Enfin, les délégués turcs et afghans, qui se trouvaient à Moscou pour discuter avec les Soviétiques, signèrent sur les instances de ces derniers un traité turco-afghan le 1er mars 1921. Ce dernier traité a aussi une autre histoire. A l'armistice de 1918, les leaders Jeunes-Turcs s'enfuirent en Allemagne et tentèrent de monter, avec des généraux extrémistes allemands et des responsables bolcheviques, une société secrète de subversion en Asie centrale et dans le monde islamique. Un des objectifs, dont la partie turque se charge plus particulièrement, est la résistance afghane contre les Britanniques. Même si Ankara désavoue ces agissements, le traité turco-afghan n'y est pas étranger et la République turque enverra des instructeurs militaires en Afghanistan.

Par ces traités, l'Union soviétique entend peut-être constituer un bloc anti-impérialiste. Il en résultera une ceinture de pays qu'on pourrait aujourd'hui appeler non alignés entre l'Empire russe reconstitué et le Moyen-Orient arabe contrôlé par la Grande-Bretagne et la France."