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07/07/2014

Nikita Khrouchtchev et la Turquie

Victor Segesvary, Le réalisme khrouchtchévien, Neuchâtel, La Baconnière, 1968, p. 17-18 :

"Après la mort de Staline, Molotov, devenu ministre des Affaires étrangères du gouvernement Malenkov, s'emploie immédiatement à améliorer les relations soviéto-turques. Il envoie une note à la Turquie le 30 mai 1953, désavouant — dans une démarche sans précédent dans la pratique diplomatique soviétique — le programme d'expansion territoriale de Staline. Par cette note il informe le gouvernement turc que l'URSS a l'intention de tourner définitivement la page sur les inimitiés précédentes entre les deux pays et qu'elle prendra un nouveau départ. Il déclare au nom de la Géorgie et de l'Arménie soviétiques — pour le compte desquelles le programme d'expansion territoriale avait été lancé — qu'elles renoncent à leurs prétentions, et que l'URSS n'a pas la moindre revendication territoriale sur la Turquie. Naturellement Molotov ne peut et ne veut pas céder sur tous les points. Aussi ne souscrit-il pas dans sa note au statu quo dans la mer Noire et dans les Détroits, basé sur la Convention de Montreux, mais il fait allusion, en termes vagues, à un arrangement dont les conditions seraient acceptables tant pour l'URSS que pour la Turquie. En effet, la note soviétique propose à la Turquie un traité bilatéral sur toutes les questions controversées, écartant par cet arrangement les cosignataires de la Convention de Montreux ; c'est, en somme, une alliance antioccidentale. Cette action n'a pas été couronnée de succès. La réponse turque a été froide et réservée. Elle enregistrait avec satisfaction l'annulation des revendications territoriales, mais déclarait que la question des Détroits avait déjà été réglée par la Convention de Montreux.

Cette initiative de Molotov prouve que les demi-mesures ne servent à rien ; un revirement soviétique au Proche-Orient ne pouvait s'accomplir que sur de nouvelles bases. « C'est Staline qui avait corrompu les relations de l'Union Soviétique avec l'Iran et la Turquie », déclare Boulganine au printemps 1955 et il donne l'assurance que l'intention des nouveaux dirigeants soviétiques n'est autre que de « retourner à la politique léniniste du respect fondamental de la souveraineté des autres pays ». A la fin de la même année, Khrouchtchev s'adressant au Soviet Suprême, reconnaît publiquement les torts de l'URSS envers la Turquie : « Nous ne pouvions pas dire qu'en ce qui concerne la détérioration de nos relations, la faute incombe entièrement à la Turquie ; nous avons fait de notre côté des déclarations peu appropriées qui ont contribué à assombrir ces relations »."

Jean-Baptiste Duroselle et ‎Jean Meyriat (dir.), Les nouveaux Etats dans les relations internationales, Paris, Armand Colin, 1962, p. 39 :

"Cette position de soutien de toute manifestation anti-impérialiste apparaît nettement dans la manière dont l'U.R.S.S. a accueilli en 1959-60 les événements de Turquie. Il a suffit d'une prudente allusion du nouveau ministre des affaires étrangères, S. Sarper, à une politique étrangère turque inchangée, mais où « certaines nuances » seraient apportées, l'accent étant mis sur l'indépendance et la souveraineté du pays, pour que Moscou montrât sa satisfaction. Le jour même où il lisait cette nouvelle dans la Pravda, M. Khrouchtchev disait en effet : « Les Turcs, chez qui se trouvent des bases américaines, ont arrêté Menderes, et il est maintenant en prison ; le nouveau premier ministre, le général Gürsel, a déclaré qu'il suivrait la politique d'Atatürk, avec qui, alors que Lénine était encore en vie, notre pays a eu de bonnes relations. Nous voudrions qu'il y ait de l'amitié entre nous et la Turquie, entre nous et l'Angleterre, entre nous et la France et les autres pays... » "

La mission Vorochilov en Turquie (1933)

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Vincent Joly, "'Ce qu'il faut savoir de l'armée turque', l'armée turque vue par les militaires français dans les années 30", in La Turquie entre trois mondes (ouv. col.), Paris-Istanbul, L'Harmattan-IFEA, 1998, p. 104 :

"L'alliance avec Moscou est toujours présentée comme l'un des deux piliers de la politique étrangère turque, l'autre étant le pacte balkanique. Jusqu'en 1938, les relations avec les Soviétiques sont jugées excellentes par les militaires français. Ainsi, ils pensent que les efforts entrepris pour renforcer les défenses de la Thrace à partir de 1934, auraient été suggérés par la mission Vorochilov qui s'était rendue en Turquie en octobre-novembre de l'année précédente, "l'inviolabilité des Détroits étant utiles aux Russes comme aux Turcs". Ce sentiment est aussi partagé par les Britanniques qui voient Moscou derrière la volonté d'Ankara de récupérer définitivement le contrôle du passage entre la Mer Egée et la Mer Noire (Weber, 1979; 7)."

15/05/2014

La complaisance de l'ex-fasciste Patrick Devedjian pour les terroristes arméniens de l'ASALA, d'après L'Humanité

""L'Humanité" accuse un avocat R.P.R. de "compréhension" à l'égard du terrorisme arménien", Le Monde, 13 août 1983 :

"Sous le titre "Six mois avant, il annonçait les attentats de l'ASALA", l'Humanité du vendredi 12 août accuse un avocat parisien, militant du R.P.R., Me Patrick Devedjian, de "compréhension" à l'égard des terroristes arméniens. Comme preuve de ses accusations, le quotidien communiste cite une interview publiée le 7 mars dernier à la "une" d'un hebdomadaire turc de gauche, Nokta (le Point). Cet entretien, recueilli le 19 janvier précédent, avait suscité des remous en Turquie où plusieurs journaux en avaient fait état.

Interrogé par Nokta, Me Devedjian y expliquait, selon l'Humanité, que "jusqu'à aujourd'hui, le terrorisme arménien était un signe de colère", et ajoutait, "maintenant, il va falloir instaurer un système qui fera réellement pression sur la Turquie". Me Devedjian, à qui l'on demandait des précisions, déclarait : "Il s'agit, plutôt que d'un simple attentat, de faire boycotter la Turkish Airlines et de répandre l'idée que la T.H.Y. est dangereuse pour voyager." L'Humanité, qui cite ces propos, ajoute ce commentaire : "Le moins que l'on puisse dire, c'est que, avocat bien informé, Me Devedjian n'hésitait pas, avant l'heure, à faire preuve d'une bien grande compréhension pour les projets de ceux qui, sous couvert de défendre le peuple arménien, ont assassiné le 15 juillet dernier sept innocentes victimes en plein aéroport d'Orly."

Comme avocat, Me Devedjian a été l'un des défenseurs de M. Chirac dans le procès en diffamation que celui-ci avait intenté et gagné contre M. Defferre à la veille des élections cantonales de mars 1982. Il a aussi défendu de nombreux militants arméniens. Au cours d'un meeting organisé à Paris, en novembre 1981, par le Mouvement de libération arménienne, Me Devedjian avait notamment déclaré à l'adresse du gouvernement turc qui refuse la reconnaissance du génocide : "Vous voulez mettre fin au terrorisme ?

D'accord. Cela dépend de vous. Faites le geste que nous attendons depuis si longtemps car, sans cela, il ne sera pas possible de tourner la page."

L'Humanité rappelle en outre que Me Devedjian, qui a milité autrefois à l'extrême droite, a obtenu l'annulation du dernier scrutin municipal à Antony (Hauts-de-Seine). Me Devedjian, qui conduisait la liste de l'opposition, avait été battu de 419 voix (1,47 %) par le maire sortant communiste, M. André Aubry. Après l'annulation du scrutin, les élus de gauche ont été suspendus et une délégation spéciale a été installée par le commissaire de la République pour diriger provisoirement la commune.

Le R.P.R. a diffusé, vendredi matin, un communiqué de Me Devedjian actuellement en vacances. Celui-ci y annonce son intention de poursuivre l'Humanité en diffamation et ajoute qu'"il dément formellement les propos qui lui sont prêtés". Ces propos, affirme l'avocat, "sont motivés uniquement par les besoins de propagande du parti communiste que [je dois] affronter dans une élection partielle au mois d'octobre à Antony"."

17/04/2014

Sultan Galiev et le communisme national turc

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Jean-Paul Roux, Histoire des Turcs. Deux mille ans du Pacifique à la Méditerranée, Paris, Fayard, 2000, p. 397-398 :

"Incapables de continuer la lutte, sauf pour la guérilla, abandonnés par les Occidentaux qui ne voyaient en eux, avec l'Anglais Pipes, que de « passives populations coloniales », les Turcs de l'ancien empire russe n'ont d'autres ressources que de jouer le jeu du communisme. En Crimée, en Azerbaïdjan, à Oufa et surtout à Kazan, une partie de l'élite adhère à l'ordre nouveau. (...)

Tous les Turcs de l'empire soviétique n'ont certainement pas la même idéologie, le même projet, la même tactique, mais beaucoup adhèrent à la politique de Mir Seyyid Sultan Ali Oglu, plus connu sous son nom russifié de Sultan Galiev. Ce musulman le plus haut placé dans la hiérarchie du parti communiste, proche collaborateur de Staline, devient, entre 1920 et 1923, le héraut du « communisme national tatar ». Son but est l'union de tous les musulmans exploités (ceux de Russie d'abord, les autres, s'il se peut, ensuite) dans une République socialiste unifiée du Grand Touran. Accessoirement, il reprend les vieilles revendications de décolonisation, de restitution des terres. Il se berce d'illusions. Les bolcheviks, ses amis, parlent aussi de la fin du colonialisme, mais ils entendent par là tout autre chose ; un malentendu naît entre les Turcs et les Russes, non sans une bonne dose de mauvaise foi d'un côté, de conscient aveuglement de l'autre.

Dès l'époque de la guerre civile a été conçue la politique dite des « nationalités » qui est mise en place progressivement à partir de 1922. Elle est diamétralement opposée à celle du sultan-galiévisme, puisqu'elle mène à la formation d'unités politiques multiples, différentes de taille et de structure ; fondées sur des territoires délimités, largement artificiels, ne tenant compte ni de l'Histoire, ni même de la répartition ethnique, toutes comportent de fortes minorités (bien qu'on les déclare Azéris, Ouzbeks, Tadjiks, etc.)."

22/03/2014

Enver Paşa et le bolchevisme

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Semih Vaner, "La Turquie entre l'Occident-Patron et le « Grand Voisin du Nord »", in Zaki Laïdi (dir.), L'URSS vue du Tiers Monde, Paris, Karthala, 1984, p. 100-101 :

"Comme le relève l'historien P. Dumont, dans la plupart des organisations « communistes » turques, du début des années 1920, il y avait une évidente propension au panasiatisme voire au panturquisme. L'itinéraire le plus singulier de ces panturquistes et pantouraniens fut sant doute celui d'Enver, ministre de la Guerre en 1914 et principal responsable de l'entrée en guerre de l'Empire ottoman aux côtés de l'Allemagne. Exilé en Union soviétique, Enver chercha d'abord avec ses partisans unionistes, « moyennant quelques réserves et certaines approximations idéologiques, son ralliement à la cause bolchevique » avant de tomber en août 1922, au cours d'une expédition au Turkestan, à la tête des Basmacı, contre l'armée rouge."

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16/03/2014

Socialisme et nationalisme en Turquie

Francois Georgeon, Des Ottomans aux Turcs. Naissance d'une nation, Istanbul, Isis, 1995, p. 9 :

"Dès avant l'entrée en guerre, du reste, les Jeunes Turcs ont proclamé l'abrogation unilatérale des capitulations.

En même temps l'anti-impérialisme devient l'un des thèmes favoris de la jeunesse et de l'intelligentsia turque. Le premier à apporter aux intellectuels turcs une théorie de l'impérialisme est Parvus. Nationalisme et socialisme coïncident étroitement à cette époque : de nombreux socialistes et communistes sont issus des rangs nationalistes, à commencer par le fondateur du parti communiste turc Mustafa Suphi qui, en 1912-1913, militait dans les rangs d'un petit parti nationaliste. Cette convergence du socialisme et du nationalisme est un autre facteur qui contribue à donner au nationalisme turc de cette époque une coloration progressiste. Pendant la guerre d'indépendance, guerre de libération nationale menée au moins autant contre les envahisseurs grecs que contre les impérialistes anglais, Mustafa Kemal qui s'appuie sur la Russie soviétique va parfois jusqu'à employer un vocabulaire nettement anti-impérialiste.

Cette coloration anti-impérialiste est fondamentale pour comprendre ce qu'est le nationalisme turc aujourd'hui."

La "Légion turque de libération de la Thrace occidentale" d'Ekrem Bey

Thierry Mudry, Guerre de religions dans les Balkans, Paris, Ellipses, 2005, p. 139 :

"Les Turcs de Thrace occidentale voulaient chasser les Grecs, rentrés en possession de leur région au lendemain de la Grande Guerre. La dernière insurrection turco-musulmane eut lieu en 1946, à l'instigation du communiste turc Ekrem Bey. Une Légion turque de libération de la Thrace occidentale fut formée à l'époque et prit part à la guerre civile grecque. La défaite du général Markos et de son armée révolutionnaire, repliée dans le nord de la Grèce, et la fuite d'Ekrem Bey en Bulgarie en 1949 entraînèrent le démantèlement de la Légion turque."

Joëlle Dalègre, La Thrace grecque : populations et territoire, Paris, L'Harmattan, 1997, p. 159-160 :

"Nul ne conteste que les musulmans incorporés dans l'armée grecque n'aient combattu à l'égal des chrétiens, quelques-uns regroupés autour d'Ekrem Bey ont formé une "Légion turque de libération de la Thrace occidentale", avec le soutien du KKE (PC grec) et de la Bulgarie, mais ils semblent avoir été plus motivés par le désir de voir changer les frontières du pays que par le communisme, et ils ont été peu suivis. L'épreuve de la guerre mondiale a plutôt resserré les solidarités entre les habitants face à l'ennemi commun, et les musulmans se sont montrés des citoyens en large majorité fidèles à la Grèce."

12/12/2013

Memmed Emin Resulzade et Joseph Staline

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Staline et Resulzade.

 

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 275 :

"Memmet Emin Rasulzadeh, réfugié dans les montagnes de Lahidj, au nord de Shemakhi, fut capturé et emprisonné à Bakou [en 1920]. Staline, apprenant cela alors qu'il était de passage à Bakou, demanda à le voir et le fit libérer aussitôt. Ce geste de mansuétude qui ne lui ressemblait pas paraît être dû à une étroite amitié et à une vieille dette de l'époque où ils étaient tous deux dans la clandestinité. Rasulzadeh avait en effet fait échapper Staline de cette même prison de Bailovo au début du siècle. Staline lui offrit même un poste au Narkomnats. Rasulzadeh s'enfuit d'URSS deux ans plus tard."

La lutte des forces soviéto-azéries contre le nationalisme arménien au Haut-Karabakh (1988-1991)

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens, 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

"Dès septembre 1988, sous la pression du FPA, Bakou impose un blocus de la RSS d'Arménie et du Haut-Karabakh. Le général Safonov, commandant des forces soviéto-azéries dans l'enclave rattachées à la IVe armée soviétique, décrète l'état d'urgence, le 24 septembre, trois jours après les affrontements de Stepanakert qui ont fait plusieurs morts et des dizaines de blessés des deux côtés. Au même moment, S. Haroutounian reçoit discrètement à Erevan H. Maroukhian, venu lui indiquer que la FRA s'engage à soutenir le pouvoir en place à la seule condition que Erevan se porte garante de la sécurité des Arméniens du Haut-Karabakh." (p. 149)

Gaïdz Franck Minassian, "Le Haut Karabagh : la guerre pour une enclave", Cahiers de l'Orient, n° 57, 2000 :

"A priori, le rapport de force penche en faveur des forces azéries qui peuvent s'appuyer sur la législation en vigueur en matière d'état d'urgence et sur les forces du ministère de l'Intérieur d'Azerbaïdjan, les OMON, composées exclusivement d'Azéris. Ce sont elles qui, sous commandement direct de la direction du PC Azerbaïdjanais, interviennent dans la guerre pour rétablir la légalité soviéto-azerbaïdjanaise.

Cependant, dans l'enclave, on a affaire à un bi-commandement sous la houlette du tandem Safonov-Polianitchko : les OMON sont placés sous étroite surveillance du quartier-général de l'armée soviétique à Aghdam, commandé par le général Safonov, éphore du Haut-Karabagh, qui prend toutes les mesures de sécurité et organise les plans d'évacuation des Arméniens, avec la complicité du numéro deux du PC Azerbaïdjanais, le russe Victor Polianitchko. Le tandem Safonov-Polianitchko sera victime de sa terreur. En 1994, les deux responsables auraient été abattus par des terroristes dachnaks." (p. 93)

"Les forces soviéto-azéries passent de nouveau à l'action en décembre lorsque l'Arménie indépendantiste rejette les modalités du Traité de l'Union de M. Gorbatchev, incompatibles avec sa déclaration de souveraineté du 17 août 1990, alors que l'Azerbaïdjan communiste les approuve. Le bras de fer entre Moscou et Erevan met le feu aux poudres dans le Haut-Karabagh, où les forces soviéto-azéries lancent l'opération « Anneau » (Kaltsou en russe) qui consiste à régler la question du Haut-Karabagh par l'usage de la force. Aussitôt, le général Safonov accuse les Arméniens de fanatisme, de subversion, de terrorisme et de sabotage contre l'ordre soviétique. Dès le mois d'avril 1991, les forces soviéto-azéries sont prêtes à intervenir avec chars et artillerie lourde. A Stepanakert, l'heure est aux négociations. Les députés communistes arméniens croient encore à la stratégie du compromis et dissuadent ceux qui veulent rejoindre l'Organisation des Combattants de la Liberté du Karabagh (OCLK), embryon de commandement unifié sous la direction conjointe de dachnaks et d'indépendants." (p. 95)

Le parcours de Heidar Aliev au sein du système soviétique

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Heidar Aliev et Leonid Brejnev.

 

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002 :

"Né en 1923 au Nakhitchevan, Heidar Aliev fit une brillante carrière au sein du KGB. Avant d'être nommé premier secrétaire du Parti lors du plénum de juillet 1969, il fut le vice-président de cet organe pour l'Azerbaïdjan en 1964, devenu son président en 1967, la première fois pour un Azéri depuis Mir Djafar Baghirov. Homme d'envergure, il marqua les 13 ans de sa mandature sur le pays d'une forte empreinte personnelle. Son ombre était présente dans tous les secteurs, de l'économie à la création artistique en passant par l'éducation. Il mena une traque implacable contre les corrompus et les incompétents.

Farouche partisan du magistère idéologique du Parti, le « hussard noir » de Moscou entendait que ses structures locales jouent un rôle moteur dans la conduite des affaires et soient un modèle de discipline dans l'exercice du pouvoir. Il renforça le contrôle sur les cadres. Sa faconde fondamentaliste, sa rectitude affichée face aux instructions de Moscou s'illustrèrent notablement en matière économique. Sa politique d'encadrement étroit du secteur économique par le Parti produisit des résultats saisissants remarqués à Moscou. Les taux de productivité s'élevèrent soudainement tant dans le secteur industriel qu'agricole. Parvenu au sixième rang dans l'Union pour la productivité industrielle dès 1974, il affichait un taux record de croissance industrielle de 47 % entre 1976 et 1980, plaçant le pays au premier rang de l'Union. En 1970, le revenu moyen par habitant était de 60% de celui de la moyenne nationale ; en 1980, il avait atteint 80 %.

La production du coton et du raisin s'envola spectaculairement. Dans les années 80, le pays devint le principal producteur soviétique de raisin et en dix ans avait plus que doublé la production de coton (5,5 millions de tonnes). (...)

Sa méthode d'administration de la République passait par une forte promotion des cadres azéris. Cette politique proche d'une nouvelle « korenizatsia » consolida une « nomenklatura » locale, ce qui valut plus tard à son initiateur des critiques de « favoritisme » (origine du Nakhitchevan), de « réseau » (issus du KGB) ou de « maffia Aliev ». Entre 1970 et 1979, la proportion de Russes baissa de 10 à 8 % et celle d'Arméniens de 9 à 8 %. Dans la même période, la population azérie s'était accrue d'un peu plus d'un million d'individus, faisant suite à la période 1960-1970 au cours de laquelle la population azérie avait double de moitié. La pression démographique restait très forte tandis que la crise du logement se faisait de plus en plus aiguë, sans que le pouvoir n'y apporte de réponse adéquate. Pour la première fois, la part des urbains dépassait celle des ruraux, Bakou comptant environ 1,5 million d'habitants, soit plus de 20 % d'augmentation en dix ans. En 1970, les Azéris étaient pour la première fois majoritaires à Bakou qui devint la première capitale d'une république musulmane à avoir une majorité de natifs." (p. 320-321)

"A la mort de Léonid Brejnev en novembre 1982, la nomination de Youri Andropov (1982-1984), ancien chef du KGB, au poste de premier secrétaire du PCUS mena Heidar Aliev au Politburo à Moscou et au poste de vice-président du conseil des ministres de l'URSS. L'accession de Mikhaïl Gorbatchev en mars 1985 au pouvoir marqua la fin de la présence azérie dans les cercles de l'Etat central. Un accident cardiaque qui frappa Aliev servit de prétexte à sa mise à la retraite prématurée le 21 octobre 1987. Les deux hommes ne s'entendaient pas." (p. 324)

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