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16/05/2017

La visite du général Fahrettin Altay en URSS (1934)

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"U.R.S.S.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 103, 18-20 octobre 1934, p. 11 :

"Chaleureusement accueillie à Odessa, la délégation militaire conduite par le chef de l'Etat-major, Fakhr ed-Din Pacha, le fut également à Moscou, le 27 août. Un dîner lui fut offert, le même jour, par le général Kork, commandant militaire de la ville. Y prenaient part, avec les chefs militaires, les principaux fonctionnaires des Affaires Etrangères et les vice-présidents du Soviet de Moscou. Un déjeuner fut offert le lendemain par le chef de l'Etat-Major de l'armée rouge, le général Egorov. La délégation visita les établissements militaires, examina l'avion Maxime-Gorki, et, en son nom et au nom de l'armée turque, déposa une couronne sur le mausolée de Lénine. Fakhr ed-Din Pacha a été profondément impressionné par la sincérité de l'amitié soviétique, la transformation totale de la Russie et la valeur de l'armée rouge. Le 30, elle partit pour Kiev (Milliet, 27, 28, 29 et 31-8). Fakhr ed-Din Pacha a déclaré à l'Agence Tass que l'armée rouge, remarquablement organisée, commandée et entraînée, était prête à remplir brillamment son devoir. Vorochilov, son chef, « est un des plus grands généraux des temps modernes » (ibidem, 7-9)."

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13/05/2017

Le groupe/revue Kadro

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Dorothée Guillemarre-Acet, Impérialisme et nationalisme. L'Allemagne, l'Empire ottoman et la Turquie (1908-1933), Würzburg, Ergon Verlag, 2009, p. 300-301 :

"En 1932 paraît une nouvelle revue intitulée Kadro, rédigée par six intellectuels kémalistes, parmi lesquels Vedat Nedim (Tör) et Burhan Asaf (Belge), qui, comme l'on s'en souvient, ont tous deux étudié en Allemagne. Font également partie dece groupe Şevket Süreyya [Aydemir], auteur plus tard de la biographie d'Enver pacha, et İsmail Hüsrev [Tökin], qui ont étudié à Moscou. Tous ou presque ont fait partie du parti communiste turc interdit en 1925. Sept ans plus tard, en 1932, leur intention est de formuler une idéologie du kémalisme, et c'est à ce titre qu'ils font paraître la revue Kadro, jusqu'en 1935. (...)

Se référant à la fois à la NEP de Lénine, au modèle de l'économie soviétique planifiée et aux théoriciens de l'économie nationale et du socialisme d'Etat comme Friedrich List, Adolph Wagner et surtout Werner Sombart, les éditeurs de Kadro refusent le libéralisme économique. Tout en se démarquant des idées de Ziya Gökalp et des unionistes, ils défendent la conception selon laquelle la bourgeoisie doit être contrôlée par l'Etat. A ce titre, ils mettent en avant la nécessité de trouver une troisième voie entre le capitalisme et le socialisme. Défendant l'étatisme économique, ils ne sont pas contre le secteur privé mais estiment que l'Etat doit décider où le secteur privé investit."

Zaki Laïdi, introduction : "A quoi sert l'Union soviétique ?", in Zaki Laïdi (dir.), L'URSS vue du Tiers Monde, Paris, Karthala, 1984, p. 24 :

"En effet, l'hostilité de la Turquie aux puissances occidentales, la priorité accordée au développement économique impulsé par l'Etat ou la recherche d'une légitimité séculière par le pouvoir kémaliste auraient pu faciliter l'ancrage partiel d'une référence de type soviétique dans ce pays. C'est là d'ailleurs une hypothèse qui n'est pas totalement gratuite lorsqu'on se rapporte aux efforts du groupe kadro pour étendre à la Turquie kémaliste les pratiques soviétiques du développement planifié."

Semih Vaner, "La Turquie, la Grèce et les grandes puissances : l'une contre l'autre, trois contre une ou chacune pour soi ?", in Semih Vaner (dir.), Le Différend gréco-turc, Paris, L'Harmattan, 1988, p. 175 :

"Il [Mustafa Kemal] avait obtenu de l'Union soviétique de Lénine, confrontée pourtant à d'immenses privations, une aide économique et militaire précieuse. Certains intellectuels regroupés autour du mouvement Kadro, conseillers écoutés de Kemal, s'inspireront même du modèle soviétique dans la construction du nouvel Etat (pour sa planification économique notamment) formé sur les décombres de l'Empire ottoman et dont le nationalisme turc sera le pilier fondamental."

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15/04/2017

Falih Rıfkı Atay et l'URSS

Falih Rifki Atay.jpg

 

"U. R. S. S.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 90, 4-5 mars 1932, p. 13-14 :

"Le publiciste Falih Rifki Bey, vient de publier sous ce titre, La Russie nouvelle, les résultats d'un voyage d'études fait en 1930. La Djumhouriet du 11-1 en donne un compte rendu élogieux. Les deux pays, qui ont une situation géographique analogue, viennent de passer par les mêmes épreuves pour aboutir, l'un à l'européanisation, l'autre au communisme. Ils se connaissent mal encore, bien qu'ils aient grand intérêt à se connaître, et, selon Falih Rifki Bey.

« Les citoyens éclairés de la Turquie nouvelle commettraient donc ni plus ni moins un crime en négligeant de suivre au jour le jour l'essor et le développement du pays voisin, qui compte 150 millions d'âmes. »

Très complet, très méthodique, et plein de vie, cet ouvrage donne lieu à de nombreuses réflexions, surtout sur le fait suivant :

« Après avoir engagé une dépense de deux millions de livres en trois ans pour réparer le théâtre d'Odessa, les Russes proposent maintenant d'édifier un nouvel édifice théâtral. Alors que par ailleurs la population se trouve être réduite à une existence précaire, et que le pavage des rues laisse fortement à désirer... Je vous entends bien me demander le mot de cette énigme !...

Eh bien, le voici :

« Parce que, nous dit Falih Rifki Bey, l'élan, l'ardeur et l'émotion que le nouveau régime inspire à ces braves gens, entretiennent sur pied les beaux-arts ; parce que, enfin, il importe de pourvoir à l'éducation de la tête et de l'esprit pour arriver à élever une foule asiatique au niveau des peuples les plus avancés ! »

A aller constater cette, vérité en Russie et à mettre à profit ce que nous verrions là nous n'en deviendrions guère des bolchevistes nous-mêmes, je suppose... Notre voisine à sûrement beaucoup de choses qui pourraient nous servir de leçon et dont nous pourrions profiter largement. La brochure de Falih Rifki est donc, à notre avis, la premier flambeau qui est appelé à nous éclairer dans ce sens, et c'est à ce titre que nous nous plaisons a lui rendre ici un hommage mérité. » "

"U.R.S.S.", Bulletin périodique de la presse turque, n° 103, 18-20 octobre 1934, p. 11 :

"Falih Rifki Bek, rédacteur en chef de la Hakimiet-i Millié, avait pris part, avec plusieurs autres intellectuels turcs, au Congrès des écrivains soviétiques, tenu à Moscou. Il est revenu enchanté de l'accueil qui lui a été fait, et, dans un article intitulé : « Parmi nos amis », il célèbre l'amitié turco-soviétique, profonde et déjà ancienne (Hakimiet-i Millié, 1-9). Un banquet fut offert par la direction de la Voks aux visiteurs turcs, la veille de leur départ. Les écrivains turcs les plus en vue, le haut personnel des Affaires étrangères, les représentants des presses turque et soviétique, y assistaient. Sur la demande du directeur de la Voks, Yakoub Kadri Bey, journaliste et homme politique lui aussi, y fit un remarquable discours, bien d'actualité, sur la littérature turque ; il y fit ressortir les avantages du turc et le caractère artificiel de son ancienne littérature, faite à l'imitation de l'étranger (ibidem, 2)."

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14/04/2017

L'anticolonialisme et l'anti-impérialisme de Mustafa Kemal Atatürk

Mustafa Kemal, lettre à Gueorgui Tchitchérine, 29 novembre 1920 :

"Je suis profondément convaincu que le jour où les travailleurs d'Occident et les peuples opprimés d'Asie et d'Afrique auront compris que le Capital international ne se sert d'eux que pour les exploiter et les asservir les uns par les autres dans l'intérêt de ses maîtres, le jour où les masses laborieuses du monde entier auront pris conscience du caractère criminel de la politique coloniale, le pouvoir de la bourgeoisie s'écroulera."

Mustafa Kemal, discours au cours d'une réception en l'honneur de l'ambassa­deur iranien Ismail Han, 7 juillet 1922 :

"Si la lutte menée aujourd'hui par la Turquie était uniquement pour son propre compte, cette lutte aurait été peut-être moins longue et moins san­glante. La Turquie déploie un effort énorme et capital. Car la cause que la Turquie défend est celle de toutes les nations opprimées (...)."

Mustafa Kemal, déclaration à l'ambassadeur égyptien en 1933, citée par Dünya Gazetesi, 20 décembre 1954 :

"Comme je vois aujourd'hui poindre le jour, je vois de loin l'éveil de toutes les nations de l'Orient (...) Il y a encore beaucoup de nations soeurs qui vont accéder à l'indépendance et à la liberté. Leur renaissance sera, sans aucun doute, dirigée vers le progrès et la prospérité. Malgré tous les obstacles, malgré toutes les difficultés, ces nations seront victorieuses et acquerront la liberté qui les attend (...) Le colonialisme et l'impérialisme disparaîtront de ce monde et alors régnera une ère nouvelle d'harmonie et de coopération qui ne connaîtra aucune discrimination de couleur, de religion et de race entre nations."

05/04/2017

L'intervention de Yakup Kadri Karaosmanoğlu au Ier Congrès des écrivains soviétiques (1934)

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"Le premier Congrès pan-unioniste des écrivains soviétiques", Bulletin périodique de la presse russe, n° 243, 11-13 octobre 1934, p. 12 :


"M. Yakoub Kadri, délégué de Turquie, parle de la lutte commune menée contre le capitalisme européen ; il dit :

« Si je vous appelle « amis », c'est parce que je suis venu vous saluer au nom d'un peuple ami qui a lutté presque en même temps que vous, contre l'autocratie et contre l'impérialisme.

La vieille Turquie inerte offrait par elle-même un champ par trop commode pour l'exploitation économique et politique de l'Europe capitaliste.

De ce point de vue, le sort de la Turquie était identique à celui du prolétariat de tous les pays. Le monstre du capitalisme se nourrissait de la chair et du sang des paysans anatoliens au même degré qu'il se nourrissait de la chair et du sang de la classe ouvrière de l'Europe.

Nous nous sommes rapprochés en frères d'armes dans la lutte contre ce front unique du capitalisme... »

Passant à la littérature, l'écrivain turc déclare que la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle doit être considérée comme ayant perdu tout de son importance, en tant que reflétant la vie « d'une société en pleine déchéance morale et intellectuelle ». La jeunesse d'aujourd'hui est loin de partager les souffrances d'un Werther ou d'une Mme Bovary.

« Aux yeux des jeunes gens de 1934, ces types-là, dit M. Yakoub Kadri, ne peuvent être précieux qu'en tant que curiosités historiques. Cette assertion est juste également pour les types créés vingt ans auparavant. Le sujet d'adultère dans la littérature bourgeoise, dont les promoteurs furent Paul Bourget dans ses romans, et Alexandre Dumas fils dans le théâtre, ne suscitera plus chez nous qu'un sourire de mépris...

L'art, en réalité, ne sera productif que quand la révolution sociale liquidera les vieilles valeurs cadavériques. »

Divisant le monde en quatre fractions idéologiques : capitaliste, communiste, fasciste et « peuples luttant pour leur affranchissement national », l'orateur poursuit :

« En tant qu'exemple des succès de la révolution et de l'édification socialiste, il faut citer la Russie soviétique. Quant à l'exemple de l'affranchissement national, j'indiquerai la Turquie républicaine. Les deux pays n'ont pas encore achevé leur édification intérieure, ce qui explique le retard apporté dans la création des nouvelles valeurs culturelles. L'ère d'un grand art n'a pas encore commencé. mais elle se fait sentir dans ces deux pays...

En Anatolie, mon peuple a dû se battre pour sa libération. Le monde impérialiste tout entier voulait l'asservir. L'or et les armes ont été mobilisés par le monde capitaliste afin d'exterminer la nation turque. Ce fut là une triste période de notre histoire. Les canons, les autos blindées, les tanks, les aéroplanes, les engins meurtriers menaçaient de tous côtés la vie d'une nation. Et la Turquie qui durant des siècles avait été un morceau alléchant pour tous les impérialistes d'Europe, la Turquie qui durant deux siècles courait le danger de démembrement de son territoire, — cette nation turque a dû unir toutes les forces qui lui restaient encore depuis la guerre mondiale, pour se jeter sur les occupants...

Camarades, la nation turque a remporté cette victoire grâce à la bravoure des paysans turcs. (Applaudissements.) L'Europe impérialiste, avec toute sa technique et tous ses engins de destruction, a subi une défaite sur le sol anatolien. Mais cet événement historique n'a pas encore inspiré l'art et la littérature, car, comme dans d'autres pays, ce n'est pas toujours que les peintres et les écrivains sentent ou entendent la voix de l'époque... » (Izvestia, 27-8.)"

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03/04/2017

Turquie-Perse-Afghanistan : la Triple-Alliance du progrès contre l'impérialisme britannique

Robert Louzon, "Salut à la Triple-Alliance du Progrès !", La Révolution prolétarienne, 5e année, n° 76, 15 mars 1929, p. 7 :

"Il n'y a pas qu'un colonel Lawrence !

En même temps que se produisait la révolte des tribus afghanes de la frontière de l'Inde contre l'émir réformateur, des révoltes de même origine se produisaient en Perse, ainsi qu'il résulte d'une correspondance de Téhéran, publiée par le journal ouvrier espérantiste Sennaciulo. Ce fut d'abord à Tauriz : profitant du mécontentement causé par la conscription, le clergé persan tenta de soulever la population. Puis, cette échauffourée à peine calmée, les tribus du Louristan prirent les armes, des armes très perfectionnées, et... naturellement de fabrication britannique. Peu après enfin, c'étaient les habitants du Seistan, province fort éloignée de la précédente, mais, comme elle, limitrophe d'un protectorat britannique, le Beloutchistan, qui se rebellèrent.

C'est donc bien une offensive concertée de l'Empire britannique contre le magnifique effort de libération physique, morale et intellectuelle, qui se poursuit rapidement en Perse et en Afghanistan. C'est la suite des efforts faits par Lloyd George contre la Turquie nouvelle, au lendemain de la guerre, au moyen de Venizelos et de son armée. La Turquie, la Perse, l'Afghanistan, sont les trois seuls grands pays musulmans indépendants ; grâce à cette indépendance, ils sont en train de marcher à une allure magnifique sur la voie du progrès, ce qui contraste singulièrement avec l'état de semi-barbarie dans lequel sont maintenus par l'Angleterre et la France les Musulmans des colonies.

L'Angleterre est prête à tout pour empêcher ce contraste de se poursuivre, pour que, au moins, ils restent dans l'ignorance et l'anarchie, ces peuples qui sont parvenus à échapper à sa domination. Mais on peut prédire à coup sûr, que la défaite du capitalisme britannique sera aussi complète en Perse et en Afghanistan qu'elle l'a été en Turquie. La nouvelle intrigue anglaise n'a eu jusqu'à présent qu'un seul résultat : elle a fait le bloc des trois Etats, des trois Etats modernistes et réformateurs du Proche-Orient. La Turquie, la Perse et l'Afghanistan ont maintenant compris qu'ils ne pouvaient, chacun, poursuivre leur oeuvre de réforme qu'à la condition de se prêter tous trois main-forte contre l'Angleterre, qu'à la condition de constituer le front unique du progrès contre la barbarie. L'arrivée d'officiers turcs à Kandahar pour aider Amanullah dans l'organisation de son armée, a été accueillie par les musulmans avertis, comme la preuve que ce front unique était réalisé, et ils ont salué celui-ci comme le signe de la victoire."

Le traité de neutralité entre l'URSS et la Turquie (1925)

Irandoust, "Le traité entre l'Union soviétique et la Turquie", Cahiers du Bolchévisme, 2e année, n° 35, 15 janvier 1926, p. 114-115 :

"Deux événements considérables se sont produits le 17 décembre, qui détermineront la situation internationale de la Turquie et du Proche-Orient tout entier. A Genève, la S. D. N. a voté une résolution sanctionnant l'occupation de la province turque de Mossoul, réalisée par l'Angleterre en 1918. Le même jour, le camarade Tchitchérine et le ministre des Affaires étrangères, Tewik-Ruchdi, signèrent à Paris un traité qui donne des formes plus précises aux relations d'amitié qui existent actuellement entre l'Union soviétique et la République turque.

La coïncidence des dates et le contenu des documents internationaux cités plus haut, ne sont pas fortuits. La décision de Genève de donner Mossoul à l'Irak, c'est-à-dire à l'Angleterre, fut une excellente illustration des déclarations faites naguère par Chamberlain sur les intentions du gouvernement britannique de transporter « l'esprit de Locarno » en Orient. Quoique la presse turque appelle cette décision « un acte de violence brutale et d'arbitraire révoltant », le ministre anglais des Affaires étrangères avait le courage d'annoncer dans son rapport aux Communes que le gouvernement britannique s'engagerait, dans la question de Mossoul, dans la voie du compromis avec la Turquie « naturellement dans les limites de la décision prise par la S. D. N. ».

Le sens de ces opinions est démasqué par le Daily Herald. Selon ce dernier, deux tendances de la politique asiatique se heurtent au sein du cabinet anglais. L'une tend à un accord avec l'Union soviétique afin d'isoler la Turquie, l'autre préconise un accord avec la Turquie, afin de compléter l'isolement de l'Union soviétique. Comme nous voyons, c'est également « l'esprit de Locarno » de M. Chamberlain qui s'efforce d'affaiblir la résistance à laquelle se heurte la politique impérialiste de l'Angleterre en Orient en isolant l'Union soviétique des pays de l'Orient.

La décision de la S. D. N. dans la question de Mossoul ne résout point du tout la question, tant que la Turquie ne la reconnaît pas. L'opinion publique anglaise est extrêmement inquiète de l'attitude adoptée par la Turquie à propos de la question de Mossoul. Le bruit que la presse impérialiste de toutes les nuances soulève maintenant à propos du danger qui menace la Turquie, si elle ne se soumet pas à la décision de la S. D. N., montre l'anxiété qui règne dans les milieux dirigeants anglais.

Il n'y a pas longtemps que le journal officiel du ministère français des Affaires étrangères constatait avec inquiétude qu'il fallait voir dans les derniers événements en Perse, « le commencement de la constitution d'un groupement étroitement lié, composé de l'union soviétique, de la Perse et de la Turquie, la première étape de l'organisation des Etats orientaux ». Le journal faisait ressortir que cette politique de rapprochement des peuples orientaux constituait un danger immense, non seulement pour la domination anglaise en Asie, mais également pour l'influence européenne tout entière.

C'est pourquoi ces derniers temps tout l'appareil de la diplomatie impérialiste est mis en mouvement, afin de détruire de l'intérieur la menace du rapprochement des peuples orientaux. Les journaux anglais et l'Union soviétique, dont certains points seraient dirigés contre les intérêts de la Turquie. Le journal principal de la réaction anglaise, le Morning Post, dépasse tous les autres dans cette voie en publiant, ces jours-ci, une nouvelle sensationnelle sur un prétendu traité secret entre la Turquie et l'Union soviétique aux termes duquel l'Union soviétique aurait concédé à la Turquie le droit d'occuper l'Azerbeidjan perse. Ce journal honorable s'efforce de faire peur à la Turquie en prétendant que l'Union soviétique, non seulement ne la soutiendra pas dans la question de Mossoul, mais qu'elle prépare, au contraire, des plans d'attaque contre la Turquie, qu'elle convoite l'occupation de Constantinople.

La presse boulevardière de Paris confirme cette « information » en déclarant que l'Union soviétique ne voudrait pas se lier les mains par une convention avec la Turquie, puisque l'Union soviétique pense sérieusement à s'accorder avec l'Occident. La presse bourgeoise espère provoquer ainsi, par ce bavardage incohérent, des querelles entre les différents pays orientaux et semer les doutes sur la politique orientale de l'U. R. S. S.

La presse de l'Union soviétique n'a pas donné beaucoup de place à la réfutation de cette campagne calomniatrice de la presse impérialiste. Cela n'était pas d'ailleurs nécessaire. Le traité publié entre l'Union soviétique et la Turquie fut une excellente démonstration de notre politique orientale, en général, et des relations existant entre l'Union soviétique et la Turquie, en particulier. Le camarade Litvinov déclare, dans une interview, que l'Union soviétique est prête à conclure un traité semblable avec n'importe quel pays désireux d'entrer en relations amicales avec l'Union soviétique. Notre nouvel accord avec la Turquie constitue, de ce point de vue, un contraste parfait avec les méthodes de la politique locarniste en Orient. La décision de la S. D. N. dans la question de Mossoul, sanctionnant la politique anglaise de brigandage, dissipe toutes les illusions locarnistes que le gouvernement anglais s'efforce de répandre en Orient.

Il y a quelques jours, l'organe officieux turc résumait la situation actuelle de la façon suivante : « le caractère impérialiste de la S. D. N. nécessite la création d'une nouvelle alliance, se proposant comme but la libération des peuples asiatiques du joug de l'impérialisme. Cette alliance doit être créée par l'initiative des peuples opprimés du Proche-Orient.

Notre traité avec la Turquie n'est pas dirigé contre un tiers Etat, mais il apparaîtra aux yeux de l'Orient tout entier comme une excellente manifestation d'une véritable politique de paix et de rapprochement des différents peuples."

29/03/2017

La confiance de Tekin Alp dans la pérennité de l'amitié turco-soviétique

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Tekin Alp, Le Kemalisme, Paris, Félix Alcan, 1937 :

"A ce propos, je ne puis pas m'empêcher de signaler la remarque de Marcel Sauvage, dans son reportage sur La Turquie dévoilée. Dans un chapitre consacré à l'esprit d'Ankara et aux six flèches du Parti du Peuple, il fait ressortir avec humour que la flèche représentant l'Etatisme est la plus longue !... et ajoute que les remarques faites à la suite de cette constatation lui auraient simplement précisé quelle influence l'esprit de Moscou avait eu sur l'esprit d'Ankara.

Certes, des liens d'amitié inébranlables, des intérêts d'une importance capitale, lient les deux métropoles de la démocratie, mais, de là à voir une certaine affinité dans l'esprit des deux révolutions, ce serait à mon avis une bien lourde erreur. (...)

S'agissant de l'intervention de l'Etat dans l'un comme dans l'autre système, il est naturel qu'à certains moments les deux alliées politiques fassent route ensemble, mais elles ne peuvent pas manquer de se séparer et de s'éloigner l'une de l'autre au carrefour de la propriété individuelle. Elles s'y sépareront avec une poignée de main chaleureuse et fraternelle, pour se rencontrer de nouveau et se donner la main, là où elles ont des intérêts communs moraux ou matériels." (p. 207-208)

"La Russie soviétique fait du nationalisme, tout en arborant le principe de l'Internationalisme.

On y met en avant le matérialisme historique de Karl Marx, mais, en réalité, c'est de la mystique russe-nationale, telle que nous la voyons dans les livres de Tolstoï, Dostoïewski, Pouchkine et Tourguenieff. S'il est vrai qu'il y a dans le bolchevisme certains éléments de l'esprit juif, on pourra y reconnaître peut-être les traces du messianisme juif. C'est peut-être ce mysticisme slave associé au messianisme juif qui fait croire au moujik et à l'ouvrier moscovite qu'il est appelé à rétablir sur la terre la paix universelle et le bonheur éternel de l'humanité en détruisant et en annihilant par la violence tout ce qui, de près ou de loin, touche à l'esprit et au régime bourgeois. C'est toujours grâce à cet esprit mystique et messianique que les communistes ont fini par déifier Lénine et substituer son icône aux icônes des saints.

Au début, le communisme a eu beau agiter le drapeau de l'Internationalisme, il a eu beau rêver d'attirer toutes les Nations du monde dans son orbite, mais la nature des choses a fini par triompher. Le communisme se nationalise et se russifie de plus en plus.

L'armée rouge créée par Trotzki dans le but de libérer le monde du joug bourgeois, a maintenant comme mission de défendre le sol russe contre les convoitises germaniques, japonaises ou autres et dans ce but, les Soviets concluent des pactes avec des puissances bourgeoises. L'antimilitarisme qui est une des principales bases du credo communiste est mis au rancart et l'armée rouge participe à la course aux armements au même degré que certaines Nations bourgeoises.

La Russie moscovite, qui répudie le principe de nationalité, ne fait pas autre chose que du nationalisme en prétendant qu'elle est appelée à régénérer le monde, et qu'elle est prédestinée à être le modèle et l'inspiratrice des autres peuples, qu'elle est l'avant-garde de l'humanité vers le paradis terrestre, qu'elle changera le cours de l'histoire millénaire et établira dans le monde entier le règne de la justice, de la fraternité et de l'égalité. Il n'est pas exclu que tôt ou tard, nous y voyions des manifestations nationalistes sous les mêmes formes qu'ailleurs. A ce propos, il est intéressant de relever que le principe des nationalités n'a pas complètement disparu en Russie soviétique. Les multiples nationalités qui peuplent cet immense territoire conservent toujours leur individualité propre, leur langue, leur littérature et tout ce qui fait partie de la culture nationale, mais la mystique nationaliste y a été supplantée pour le moment par la mystique communiste. Aussi, la constitution soviétique s'enorgueillit-elle d'inscrire dans un de ses paragraphes que : « Dans le camp du socialisme règnent la confiance mutuelle et la paix, la liberté des Nations et l'égalité, la coexistence pacifique et la collaboration fraternelle des peuples. »

Litvinov, dans un discours prononcé à la Société des Nations, tire gloire du fait que :

« L'idée d'une association entre les Nations n'a rien d'inacceptable pour l'idéologie soviétique. Nous sommes, dit-il, un peuple réunissant dans 13 Républiques, 200 populations différentes. L'Ukraine, à elle seule, comprend plusieurs vingtaines de millions d'habitants. Jamais auparavant il ne s'était trouvé un ensemble de Nations aussi nombreuses, aussi variées, se groupant dans un seul Etat. L'égalité des droits de chacune de ces nationalités est parfaitement respectée, puisqu'il n'y a pas plus de majorité nationale que de minorité nationale. N'importe quelle nationalité n'a pas de moyens moindres qu'une autre nationalité. Autrefois, toutes les nationalités, exception faite de l'élément russe qui régnait par la force, étaient sacrifiées. Les résultats de la politique soviétique en ce domaine ont été jugés aussi bien par les amis que par les ennemis de l'Union. Certes, toutes les nationalités sont unies par l'identité du régime politique et économique et ont toutes le même idéal. »

En effet, on ne peut pas nier que le feu sacré de l'idéal communiste domine et refoule tout sentiment et tout penchant qui lui est étranger et, parmi ceux-ci, la mystique nationaliste. Mais, les Soviets jouent là un jeu très dangereux ; ils nourrissent dans leur sein un ennemi mortel, ils le sentiront le jour où la force de la mystique communiste commencera à fléchir. Alors, on pourra voir le principe des nationalités, le sentiment de solidarité raciale, linguistique et culturelle reprendre ses droits et s'ériger en maître dans la vie publique.

Déjà aujourd'hui, comme le fait remarquer fort bien M. Herriot dans son remarquable livre sur l'Orient :

« La logique de la théorie se heurte parfois à la réalité mouvante de la vie. Les forces fédérales et les forces nationales entrent parfois en conflit. On se plaint de l'action russe dans certaines entreprises de Bakou. On signale en Géorgie des rixes entre divers éléments nationaux, et la prédominance excessive des Russes sur les Géorgiens dans les services de chemins de fer de Tiflis. Au Congrès de février 1934, devant les représentants du Parti bolchéviste, M. Pastechev a signalé l'action en Ukraine des divers groupements nationalistes. »

Quoi qu'il en soit, que l'esprit nationaliste russe se manifeste par le principe des nationalités ou par l'idéal communiste, il conservera toujours son origine et son essence mystique." (p. 235-238)

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24/03/2017

Le rôle révolutionnaire d'Alexandre Parvus et Tekin Alp

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Alexandre Parvus et Tekin Alp.

 

René Pinon, "L'Offensive de l'Asie", Revue des Deux Mondes, 15 avril 1920, p. 812-813 :

"La défaite du général Denikine, la mort de l'amiral Koltchak, la reconnaissance, par la conférence des Alliés, de l'indépendance de fait de l'Azerbaïdjan, ont encouragé les nationalistes turcs dans leur résistance aux volontés des vainqueurs et dans leurs espérances pantouraniennes, en même temps que le mouvement bolchévik, dont l'évolution interne tend vers une sorte de nationalisme révolutionnaire et émancipateur. Turcs nationalistes et Russes bolchéviks espèrent d'ailleurs trouver des appuis en Europe dans les partis révolutionnaires communistes, particulièrement ceux d'Italie qui déjà prêtent leur concours aux nationalistes d'Egypte. La Suisse est un centre d'agitation panislamique : Turcs, Egyptiens, Persans s'y rencontrent ; c'est un va-et-vient continuel de délégués entre la Suisse, Constantinople, le Caucase, l'Egypte, Moscou, Berlin.

Beaucoup de fils de la vaste intrigue aboutissent entre les mains du célèbre agent international Helphand, dit Parvus, que le gouvernement helvétique a récemment invité à sortir de la confédération. Qui connaîtrait les intrigues de ce juif de Bessarabie pendant toute la guerre, posséderait la clef d'événements considérables. Agent révolutionnaire au service de l'Etat-major allemand, il est mêlé à toutes les trames qui amènent la dislocation de l'armée et de l'Empire russe par le bolchévisme. Son officine principale est à Copenhague d'où il alimente de nouvelles tendancieuses et d'informations truquées la presse germanophile du monde entier. Il touche aussi aux affaires de Turquie ; il travaille à la réunion du Caucase à l'empire ottoman ; il fait un instrument de guerre de ce pantouranisme inventé par son coreligionnaire de Salonique, Cohen dit Tekin-Alp ; il est pantouranien pour le roi de Prusse.

L'activité d'un tel personnage est caractéristique ; elle est l'un des signes qui révèlent une étroite connexion entre la politique allemande, la révolution bolchéviste, le nationalisme turc et pantouranien, la révolution universelle. Il est possible que le gouvernement du Reich allemand ne soit pas mêlé directement à cette louche politique qui tend à replonger l'Europe, et l'Asie avec elle, dans les horreurs d'une guerre qui serait à la fois nationale et sociale ; mais de nombreux Allemands sont restés en Orient, et il est certain d'ailleurs que les partis et les hommes qui ont dirigé et perdu la guerre travaillent à rallumer l'incendie en Asie, dans un sentiment de vengeance contre l'Angleterre et dans l'espoir de tirer pied ou aile, à l'avantage de l'Allemagne, de toute complication grave qui se produirait en Orient. (...)

Ainsi se dessine contre les Alliés victorieux, pour remettre en question les résultats de leur victoire, un vaste complot ; il a trois centres : Moscou, Constantinople, Berlin."

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09/03/2017

Gueorgui Tchitchérine et les relations avec la Turquie kémaliste

Gueorgui Tchitchérine, lettre à Nikolaï Boukharine, début 1927, source : Jon Jacobson, When the Soviet Union Entered World Politics, Berkeley, University of California Press, 1994, p. 50 :

"Pouvez-vous, s'il vous plaît, cesser d'assimiler Tchiang Kaï-chek au kémalisme ? C'est absolument ridicule et cela gâche nos relations avec la Turquie. Gâcher nos relations avec l'Allemagne ne vous a pas suffi ? (...) Maintenant vous êtes vraiment en train de gâcher nos relations avec la Turquie !"

Gueorgui Tchitchérine, lettre à Alexeï Rykov, après le 21 septembre 1929, source : Pavel Chinsky, "Le cadavre en uniforme. Dernières lettres de G. V. Tchitchérine, commissaire du peuple aux Affaires étrangères", Communisme, n° 65-66, 2001, p. 112 :

"La ligne actuelle du Komintern me semble désastreuse. La campagne contre l'appareil d'Etat me plonge dans un état effroyable. En Chine nous payons les frais de la ligne fatale de 1927. En Afghanistan, dix années d'indifférence et d'inaction nous ont laissé perdre un atout exceptionnel. Nos commerciaux et notre indifférence, ainsi que des prises de position ineptes, gâchent tout en Turquie et en Perse."