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03/04/2017

Turquie-Perse-Afghanistan : la Triple-Alliance du progrès contre l'impérialisme britannique

Robert Louzon, "Salut à la Triple-Alliance du Progrès !", La Révolution prolétarienne, 5e année, n° 76, 15 mars 1929, p. 7 :

"Il n'y a pas qu'un colonel Lawrence !

En même temps que se produisait la révolte des tribus afghanes de la frontière de l'Inde contre l'émir réformateur, des révoltes de même origine se produisaient en Perse, ainsi qu'il résulte d'une correspondance de Téhéran, publiée par le journal ouvrier espérantiste Sennaciulo. Ce fut d'abord à Tauriz : profitant du mécontentement causé par la conscription, le clergé persan tenta de soulever la population. Puis, cette échauffourée à peine calmée, les tribus du Louristan prirent les armes, des armes très perfectionnées, et... naturellement de fabrication britannique. Peu après enfin, c'étaient les habitants du Seistan, province fort éloignée de la précédente, mais, comme elle, limitrophe d'un protectorat britannique, le Beloutchistan, qui se rebellèrent.

C'est donc bien une offensive concertée de l'Empire britannique contre le magnifique effort de libération physique, morale et intellectuelle, qui se poursuit rapidement en Perse et en Afghanistan. C'est la suite des efforts faits par Lloyd George contre la Turquie nouvelle, au lendemain de la guerre, au moyen de Venizelos et de son armée. La Turquie, la Perse, l'Afghanistan, sont les trois seuls grands pays musulmans indépendants ; grâce à cette indépendance, ils sont en train de marcher à une allure magnifique sur la voie du progrès, ce qui contraste singulièrement avec l'état de semi-barbarie dans lequel sont maintenus par l'Angleterre et la France les Musulmans des colonies.

L'Angleterre est prête à tout pour empêcher ce contraste de se poursuivre, pour que, au moins, ils restent dans l'ignorance et l'anarchie, ces peuples qui sont parvenus à échapper à sa domination. Mais on peut prédire à coup sûr, que la défaite du capitalisme britannique sera aussi complète en Perse et en Afghanistan qu'elle l'a été en Turquie. La nouvelle intrigue anglaise n'a eu jusqu'à présent qu'un seul résultat : elle a fait le bloc des trois Etats, des trois Etats modernistes et réformateurs du Proche-Orient. La Turquie, la Perse et l'Afghanistan ont maintenant compris qu'ils ne pouvaient, chacun, poursuivre leur oeuvre de réforme qu'à la condition de se prêter tous trois main-forte contre l'Angleterre, qu'à la condition de constituer le front unique du progrès contre la barbarie. L'arrivée d'officiers turcs à Kandahar pour aider Amanullah dans l'organisation de son armée, a été accueillie par les musulmans avertis, comme la preuve que ce front unique était réalisé, et ils ont salué celui-ci comme le signe de la victoire."

Le traité de neutralité entre l'URSS et la Turquie (1925)

Irandoust, "Le traité entre l'Union soviétique et la Turquie", Cahiers du Bolchévisme, 2e année, n° 35, 15 janvier 1926, p. 114-115 :

"Deux événements considérables se sont produits le 17 décembre, qui détermineront la situation internationale de la Turquie et du Proche-Orient tout entier. A Genève, la S. D. N. a voté une résolution sanctionnant l'occupation de la province turque de Mossoul, réalisée par l'Angleterre en 1918. Le même jour, le camarade Tchitchérine et le ministre des Affaires étrangères, Tewik-Ruchdi, signèrent à Paris un traité qui donne des formes plus précises aux relations d'amitié qui existent actuellement entre l'Union soviétique et la République turque.

La coïncidence des dates et le contenu des documents internationaux cités plus haut, ne sont pas fortuits. La décision de Genève de donner Mossoul à l'Irak, c'est-à-dire à l'Angleterre, fut une excellente illustration des déclarations faites naguère par Chamberlain sur les intentions du gouvernement britannique de transporter « l'esprit de Locarno » en Orient. Quoique la presse turque appelle cette décision « un acte de violence brutale et d'arbitraire révoltant », le ministre anglais des Affaires étrangères avait le courage d'annoncer dans son rapport aux Communes que le gouvernement britannique s'engagerait, dans la question de Mossoul, dans la voie du compromis avec la Turquie « naturellement dans les limites de la décision prise par la S. D. N. ».

Le sens de ces opinions est démasqué par le Daily Herald. Selon ce dernier, deux tendances de la politique asiatique se heurtent au sein du cabinet anglais. L'une tend à un accord avec l'Union soviétique afin d'isoler la Turquie, l'autre préconise un accord avec la Turquie, afin de compléter l'isolement de l'Union soviétique. Comme nous voyons, c'est également « l'esprit de Locarno » de M. Chamberlain qui s'efforce d'affaiblir la résistance à laquelle se heurte la politique impérialiste de l'Angleterre en Orient en isolant l'Union soviétique des pays de l'Orient.

La décision de la S. D. N. dans la question de Mossoul ne résout point du tout la question, tant que la Turquie ne la reconnaît pas. L'opinion publique anglaise est extrêmement inquiète de l'attitude adoptée par la Turquie à propos de la question de Mossoul. Le bruit que la presse impérialiste de toutes les nuances soulève maintenant à propos du danger qui menace la Turquie, si elle ne se soumet pas à la décision de la S. D. N., montre l'anxiété qui règne dans les milieux dirigeants anglais.

Il n'y a pas longtemps que le journal officiel du ministère français des Affaires étrangères constatait avec inquiétude qu'il fallait voir dans les derniers événements en Perse, « le commencement de la constitution d'un groupement étroitement lié, composé de l'union soviétique, de la Perse et de la Turquie, la première étape de l'organisation des Etats orientaux ». Le journal faisait ressortir que cette politique de rapprochement des peuples orientaux constituait un danger immense, non seulement pour la domination anglaise en Asie, mais également pour l'influence européenne tout entière.

C'est pourquoi ces derniers temps tout l'appareil de la diplomatie impérialiste est mis en mouvement, afin de détruire de l'intérieur la menace du rapprochement des peuples orientaux. Les journaux anglais et l'Union soviétique, dont certains points seraient dirigés contre les intérêts de la Turquie. Le journal principal de la réaction anglaise, le Morning Post, dépasse tous les autres dans cette voie en publiant, ces jours-ci, une nouvelle sensationnelle sur un prétendu traité secret entre la Turquie et l'Union soviétique aux termes duquel l'Union soviétique aurait concédé à la Turquie le droit d'occuper l'Azerbeidjan perse. Ce journal honorable s'efforce de faire peur à la Turquie en prétendant que l'Union soviétique, non seulement ne la soutiendra pas dans la question de Mossoul, mais qu'elle prépare, au contraire, des plans d'attaque contre la Turquie, qu'elle convoite l'occupation de Constantinople.

La presse boulevardière de Paris confirme cette « information » en déclarant que l'Union soviétique ne voudrait pas se lier les mains par une convention avec la Turquie, puisque l'Union soviétique pense sérieusement à s'accorder avec l'Occident. La presse bourgeoise espère provoquer ainsi, par ce bavardage incohérent, des querelles entre les différents pays orientaux et semer les doutes sur la politique orientale de l'U. R. S. S.

La presse de l'Union soviétique n'a pas donné beaucoup de place à la réfutation de cette campagne calomniatrice de la presse impérialiste. Cela n'était pas d'ailleurs nécessaire. Le traité publié entre l'Union soviétique et la Turquie fut une excellente démonstration de notre politique orientale, en général, et des relations existant entre l'Union soviétique et la Turquie, en particulier. Le camarade Litvinov déclare, dans une interview, que l'Union soviétique est prête à conclure un traité semblable avec n'importe quel pays désireux d'entrer en relations amicales avec l'Union soviétique. Notre nouvel accord avec la Turquie constitue, de ce point de vue, un contraste parfait avec les méthodes de la politique locarniste en Orient. La décision de la S. D. N. dans la question de Mossoul, sanctionnant la politique anglaise de brigandage, dissipe toutes les illusions locarnistes que le gouvernement anglais s'efforce de répandre en Orient.

Il y a quelques jours, l'organe officieux turc résumait la situation actuelle de la façon suivante : « le caractère impérialiste de la S. D. N. nécessite la création d'une nouvelle alliance, se proposant comme but la libération des peuples asiatiques du joug de l'impérialisme. Cette alliance doit être créée par l'initiative des peuples opprimés du Proche-Orient.

Notre traité avec la Turquie n'est pas dirigé contre un tiers Etat, mais il apparaîtra aux yeux de l'Orient tout entier comme une excellente manifestation d'une véritable politique de paix et de rapprochement des différents peuples."

29/03/2017

La confiance de Tekin Alp dans la pérennité de l'amitié turco-soviétique

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Tekin Alp, Le Kemalisme, Paris, Félix Alcan, 1937 :

"A ce propos, je ne puis pas m'empêcher de signaler la remarque de Marcel Sauvage, dans son reportage sur La Turquie dévoilée. Dans un chapitre consacré à l'esprit d'Ankara et aux six flèches du Parti du Peuple, il fait ressortir avec humour que la flèche représentant l'Etatisme est la plus longue !... et ajoute que les remarques faites à la suite de cette constatation lui auraient simplement précisé quelle influence l'esprit de Moscou avait eu sur l'esprit d'Ankara.

Certes, des liens d'amitié inébranlables, des intérêts d'une importance capitale, lient les deux métropoles de la démocratie, mais, de là à voir une certaine affinité dans l'esprit des deux révolutions, ce serait à mon avis une bien lourde erreur. (...)

S'agissant de l'intervention de l'Etat dans l'un comme dans l'autre système, il est naturel qu'à certains moments les deux alliées politiques fassent route ensemble, mais elles ne peuvent pas manquer de se séparer et de s'éloigner l'une de l'autre au carrefour de la propriété individuelle. Elles s'y sépareront avec une poignée de main chaleureuse et fraternelle, pour se rencontrer de nouveau et se donner la main, là où elles ont des intérêts communs moraux ou matériels." (p. 207-208)

"La Russie soviétique fait du nationalisme, tout en arborant le principe de l'Internationalisme.

On y met en avant le matérialisme historique de Karl Marx, mais, en réalité, c'est de la mystique russe-nationale, telle que nous la voyons dans les livres de Tolstoï, Dostoïewski, Pouchkine et Tourguenieff. S'il est vrai qu'il y a dans le bolchevisme certains éléments de l'esprit juif, on pourra y reconnaître peut-être les traces du messianisme juif. C'est peut-être ce mysticisme slave associé au messianisme juif qui fait croire au moujik et à l'ouvrier moscovite qu'il est appelé à rétablir sur la terre la paix universelle et le bonheur éternel de l'humanité en détruisant et en annihilant par la violence tout ce qui, de près ou de loin, touche à l'esprit et au régime bourgeois. C'est toujours grâce à cet esprit mystique et messianique que les communistes ont fini par déifier Lénine et substituer son icône aux icônes des saints.

Au début, le communisme a eu beau agiter le drapeau de l'Internationalisme, il a eu beau rêver d'attirer toutes les Nations du monde dans son orbite, mais la nature des choses a fini par triompher. Le communisme se nationalise et se russifie de plus en plus.

L'armée rouge créée par Trotzki dans le but de libérer le monde du joug bourgeois, a maintenant comme mission de défendre le sol russe contre les convoitises germaniques, japonaises ou autres et dans ce but, les Soviets concluent des pactes avec des puissances bourgeoises. L'antimilitarisme qui est une des principales bases du credo communiste est mis au rancart et l'armée rouge participe à la course aux armements au même degré que certaines Nations bourgeoises.

La Russie moscovite, qui répudie le principe de nationalité, ne fait pas autre chose que du nationalisme en prétendant qu'elle est appelée à régénérer le monde, et qu'elle est prédestinée à être le modèle et l'inspiratrice des autres peuples, qu'elle est l'avant-garde de l'humanité vers le paradis terrestre, qu'elle changera le cours de l'histoire millénaire et établira dans le monde entier le règne de la justice, de la fraternité et de l'égalité. Il n'est pas exclu que tôt ou tard, nous y voyions des manifestations nationalistes sous les mêmes formes qu'ailleurs. A ce propos, il est intéressant de relever que le principe des nationalités n'a pas complètement disparu en Russie soviétique. Les multiples nationalités qui peuplent cet immense territoire conservent toujours leur individualité propre, leur langue, leur littérature et tout ce qui fait partie de la culture nationale, mais la mystique nationaliste y a été supplantée pour le moment par la mystique communiste. Aussi, la constitution soviétique s'enorgueillit-elle d'inscrire dans un de ses paragraphes que : « Dans le camp du socialisme règnent la confiance mutuelle et la paix, la liberté des Nations et l'égalité, la coexistence pacifique et la collaboration fraternelle des peuples. »

Litvinov, dans un discours prononcé à la Société des Nations, tire gloire du fait que :

« L'idée d'une association entre les Nations n'a rien d'inacceptable pour l'idéologie soviétique. Nous sommes, dit-il, un peuple réunissant dans 13 Républiques, 200 populations différentes. L'Ukraine, à elle seule, comprend plusieurs vingtaines de millions d'habitants. Jamais auparavant il ne s'était trouvé un ensemble de Nations aussi nombreuses, aussi variées, se groupant dans un seul Etat. L'égalité des droits de chacune de ces nationalités est parfaitement respectée, puisqu'il n'y a pas plus de majorité nationale que de minorité nationale. N'importe quelle nationalité n'a pas de moyens moindres qu'une autre nationalité. Autrefois, toutes les nationalités, exception faite de l'élément russe qui régnait par la force, étaient sacrifiées. Les résultats de la politique soviétique en ce domaine ont été jugés aussi bien par les amis que par les ennemis de l'Union. Certes, toutes les nationalités sont unies par l'identité du régime politique et économique et ont toutes le même idéal. »

En effet, on ne peut pas nier que le feu sacré de l'idéal communiste domine et refoule tout sentiment et tout penchant qui lui est étranger et, parmi ceux-ci, la mystique nationaliste. Mais, les Soviets jouent là un jeu très dangereux ; ils nourrissent dans leur sein un ennemi mortel, ils le sentiront le jour où la force de la mystique communiste commencera à fléchir. Alors, on pourra voir le principe des nationalités, le sentiment de solidarité raciale, linguistique et culturelle reprendre ses droits et s'ériger en maître dans la vie publique.

Déjà aujourd'hui, comme le fait remarquer fort bien M. Herriot dans son remarquable livre sur l'Orient :

« La logique de la théorie se heurte parfois à la réalité mouvante de la vie. Les forces fédérales et les forces nationales entrent parfois en conflit. On se plaint de l'action russe dans certaines entreprises de Bakou. On signale en Géorgie des rixes entre divers éléments nationaux, et la prédominance excessive des Russes sur les Géorgiens dans les services de chemins de fer de Tiflis. Au Congrès de février 1934, devant les représentants du Parti bolchéviste, M. Pastechev a signalé l'action en Ukraine des divers groupements nationalistes. »

Quoi qu'il en soit, que l'esprit nationaliste russe se manifeste par le principe des nationalités ou par l'idéal communiste, il conservera toujours son origine et son essence mystique." (p. 235-238)

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09/03/2017

Gueorgui Tchitchérine et les relations avec la Turquie kémaliste

Gueorgui Tchitchérine, lettre à Nikolaï Boukharine, début 1927, source : Jon Jacobson, When the Soviet Union Entered World Politics, Berkeley, University of California Press, 1994, p. 50 :

"Pouvez-vous, s'il vous plaît, cesser d'assimiler Tchiang Kaï-chek au kémalisme ? C'est absolument ridicule et cela gâche nos relations avec la Turquie. Gâcher nos relations avec l'Allemagne ne vous a pas suffi ? (...) Maintenant vous êtes vraiment en train de gâcher nos relations avec la Turquie !"

Gueorgui Tchitchérine, lettre à Alexeï Rykov, après le 21 septembre 1929, source : Pavel Chinsky, "Le cadavre en uniforme. Dernières lettres de G. V. Tchitchérine, commissaire du peuple aux Affaires étrangères", Communisme, n° 65-66, 2001, p. 112 :

"La ligne actuelle du Komintern me semble désastreuse. La campagne contre l'appareil d'Etat me plonge dans un état effroyable. En Chine nous payons les frais de la ligne fatale de 1927. En Afghanistan, dix années d'indifférence et d'inaction nous ont laissé perdre un atout exceptionnel. Nos commerciaux et notre indifférence, ainsi que des prises de position ineptes, gâchent tout en Turquie et en Perse."

05/03/2017

Nâzım Hikmet et Joseph Staline

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Nâzım Hikmet en Crimée (1952).

 

Nâzım Hikmet, déclaration à l'agence TASS, 30 juin 1951 :

"Staline est très important pour moi. Il est la lumière de mes yeux. Il est la source de mes idées. Il m'a créé. J'étudie dans une université qui porte son grand nom. Je lui dois tout. Il n'est pas seulement le plus grand homme du monde, il est pour moi la plus grande source de lumière."

Nâzım Hikmet, Moskova Senfonisi, Sofia, 1952 :

"La paix et les défenseurs de la paix sont incarnés par les masses populaires, qui donnent la vie, et par la main de Staline, qui tient la bannière de la vie et de la paix."

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L'hommage d'İsmet İnönü à Staline (1953)

inönü_staline_1953.jpg

 

İsmet İnönü écrivant sur le livre de condoléances en hommage à Staline (mars 1953).

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27/02/2017

Le respect d'Atatürk pour Trotsky (en tant qu'ancien chef de l'Armée rouge)

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Trotsky à Büyükada.

 

Fritz Sternberg, "Entretiens avec Trotski", Le Contrat social, volume VIII, n° 4, juillet-août 1964, p. 210 :

"Je n'ai jamais entendu Trotski prendre la parole à un meeting mais, en tête à tête avec lui, j'ai parfois senti, le temps d'un éclair, le grand orateur, le tribun du peuple, l'homme qui pouvait, d'une seule phrase, rétablir l'ordre dans une situation confuse.

La maison où il vivait n'était pas gardée par la police, je le répète, bien que des lettres de menaces arrivassent sans cesse d'extrémistes de l'Action française. Je l'ai dit, il avait avec lui deux bergers allemands dressés, et lui-même, son fils et ses secrétaires avaient tous des armes à feu. Le temps étant chaud, je lui demandai un jour s'il sortait beaucoup : il me répondit que ses promenades se limitaient au jardin et que sa santé en souffrait.

Lorsque je m'enquis de Prinkipo [Büyükada], il me répondit : « Oh, les choses étaient mille fois mieux là-bas. J'avais à demeure un policier turc chargé de ma protection, et nous allions souvent à la pêche — non pas avec des cannes et des lignes mais en canot et avec de grands filets. Nous prenions tellement de poisson qu'il y en avait non seulement assez pour moi et ma famille et pour les policiers, mais qu'il en restait une quantité que ces derniers vendaient à bon prix en ville. » Trotski ajouta que c'était l'air sain de Prinkipo qui avait augmenté sa capacité de travail et lui avait permis d'écrire trois gros livres en un temps relativement court.

« Mais n'avez-vous pas été emprisonné en Turquie ? demandai-je. Staline ne l'a-t-il pas réclamé une fois qu'il vous eut fait déporter ?
— Oh oui, Staline l'a réclamé, mais Kemal Pacha a refusé d'obtempérer.
— Pourquoi ?
— Quand la Turquie luttait contre la Grèce, je lui étais venu en aide avec l'Armée rouge. Des compagnons d'armes n'oublient pas ce genre de choses. Voilà pourquoi, malgré les pressions de Staline, Kemal Pacha ne m'a pas coffré. » "

Pierre Broué, Trotsky, chapitre XXXVII : "L'asile en Turquie", Paris, Fayard, 1988 :

"Le gouvernement turc manifesta d'ailleurs un réel intérêt pour son hôte en contribuant lui-même, quoique de façon modeste, à sa sécurité, par la présence d'un certain nombre de policiers, allant jusqu'à choisir, pour commander ce petit détachement, un sous-officier connaissant quelques mots de russe et de français.

Selon Jean van Heijenoort, qui fut pendant sept ans un proche collaborateur de Trotsky, Kemal Pacha aurait gardé à l'ancien chef de l'Armée rouge une vive reconnaissance pour l'envoi d'armes et de matériel au temps de la guerre contre la Grèce. Selon un témoignage, qu'il rapporte, de Gérard Rosenthal, autre proche de Trotsky, Kemal Pacha, au début de 1930, envoya son aide de camp chez Trotsky et chercha à le rencontrer.

Très vite, d'ailleurs, le gouvernement turc avait fait savoir à Trotsky qu'il avait accordé ce visa parce que le gouvernement soviétique l'avait sollicité pour lui pour des raisons de santé, et que cet octroi n'avait fait l'objet d'aucune négociation. Il l'assura aussi de ses bonnes dispositions et de sa détermination d'assurer les meilleures conditions pour un séjour qu'il ne désirait pas limiter. Il le manifesta d'ailleurs en 1932 en délivrant sans difficultés à Trotsky, Natalia Ivanovna et leur compagnons, les papiers nécessaires non seulement au départ, mais au retour, à l'occasion d'un voyage à Copenhague."

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07/02/2017

Les rapports d'amitié entre la Turquie d'Atatürk et l'URSS (années 20 et 30)

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Le maréchal Vorochilov et Atatürk.

 

Stefan Velikov, "A l'occasion du cinquantenaire de la proclamation de la République Turque", Etudes balkaniques, volume 2, 1973, p. 14 :

"Jusqu'à la mort d'Atatürk, la politique turque enregistra pour la période 1923-1938 des succès considérables, surtout par l'établissement de rapports diplomatiques normaux avec l'Union soviétique. Il conviendrait d'affirmer que les rapports d'amitié existant entre la Turquie et l'Union soviétique constituèrent un facteur d'importance dans l'affermissement de la politique étrangère du pays. Lorsque l'Italie fasciste, soutenue par l'Angleterre, se livra à une politique hostile et provocatrice envers la Turquie, l'Union soviétique conclut le 17 décembre 1925 un Traité d'amitié et de neutralité avec la Turquie. Un traité de commerce et une convention maritime furent conclus en 1927 entre la Turquie et l'Union soviétique. Grâce au caractère amical de ces rapports, l'économie turque progressa considérablement en 1942. Le gouvernement soviétique accorda à la Turquie un crédit à longue échéance et sans intérêts de 8 millions de dollars. Le Traité d'amitié et de neutralité signé entre les deux pays en 1925 fut prolongé en 1935 d'un délai supplémentaire de 10 ans. Faisant le bilan de l'utilité et des profits pour la Turquie de l'amitié et de la coopération avec l'Union soviétique, Kemal Atatürk exprima sa profonde gratitude dans un discours prononcé en 1935 devant le VIe congrès du parti populaire, disant entre autres: “Comme toujours notre amitié avec les Soviets demeure solide et sincère. Ayant vu le jour dans les moments pénibles de notre histoire, elle demeurera toujours un souvenir inoubliable et bien cher au peuple turc.” Dans ce même discours, Kemal mit en relief l'aide précieuse accordée par l'Union soviétique à la Turquie au sujet du problème des Détroits qui devait être examiné par la Société des Nations en avril 1935. Alors que l'Angleterre, la France et l'Italie entravaient autant que possible l'examen de la proposition turque, l'Union soviétique, au contraire, appuya la demande de la Turquie. Et c'est justement à cette occasion que Kemal déclara : “Dernièrement, lorsque nous avons soulevé la question des Détroits, l'appui qui nous a été donné en faveur de notre thèse par l'Union soviétique fut de nouveau l'objet d'une démonstration de gratitude et d'amitié profonde de notre peuple envers notre voisine... L'amitié turco-soviétique a toujours contribué au bénéfice de la paix mondiale. A l'avenir, aussi, elle ne sera qu'utile et bénéfique.” "

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27/01/2017

Le patriotisme anti-impérialiste de Mehmet Ali Aybar

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"Le leader du parti ouvrier turc préconise la transformation de Chypre en un Etat fédéral neutre", Le Monde, 11 décembre 1967 :

"Venant de Copenhague, où il a présenté un rapport au "tribunal Russell", M. Mehmet Ali Aybar, leader du parti ouvrier de Turquie, vient d'effectuer un court séjour à Paris avant de rentrer à Ankara. Pour lui, un lien existerait entre le Vietnam et la Turquie, "contrées éloignées l'une de l'autre par des milliers de kilomètres, mais qui occupent des positions capitales dans les plans d'hégémonie mondiale des Etats-Unis".

M. Aybar, dont le parti compte quatorze parlementaires, a déclaré au Monde : "La présence américaine en Turquie se manifeste par plus de cinquante bases et par cinquante-quatre conventions dont une bonne partie est restée secrète jusqu'à ce jour, malgré toutes les tentatives de l'opposition pour en connaître la teneur. Cela est préjudiciable à la fois à notre amour-propre national et à la sécurité de la Turquie.

- Un retrait éventuel de la Turquie du système militaire de l'O.T.A.N. ne risquerait-il pas de placer votre pays dans l'orbite soviétique ?

- Notre indépendance ne doit dépendre d'aucune puissance étrangère. C'est grâce à une farouche volonté d'indépendance manifestée par notre peuple qu'Ataturk a pu mener la lutte contre les armées d'intervention étrangères et contre ceux qui préconisaient, déjà en 1919, un mandat américain.

"Selon certains, la Turquie pourrait négocier des conditions plus conformes à ses intérêts nationaux, sans pour autant mettre en cause sa participation à l'O.T.A.N. Pour un pays se trouvant dans la situation de la Turquie, il est impensable que des conditions lui assurant des droits égaux puissent lui être reconnues au sein de cette coalition."

Rejetant sur "les Etats-Unis et la C.I.A." la responsabilité des derniers conflits au Moyen-Orient (israélo-arabe et chypriote) M. Aybar estime qu'une paix durable pourrait être établie en Méditerranée orientale si les bases militaires étaient supprimées à Chypre. "A partir de cette île, déclare-t-il, l'Amérique est en mesure de faire peser une menace constante sur les pays du Moyen-Orient, y compris la Turquie et la Grèce. Chypre étant située à 60 kilomètres seulement de nos côtes, nous sommes concernés plus que quiconque par son sort.

- Comment envisagez-vous un règlement au problème chypriote ?

- Nous sommes en faveur de l'indépendance de Chypre, qui serait dotée d'un régime fédéral fondé sur les droits égaux des deux communautés, et dont la neutralité serait sanctionnée par des garanties internationales. La Grèce devrait renoncer à la tentation de l'Enosis, cheval de Troie de l'impérialisme américain, tandis que la Turquie se dégagera de toutes les influences étrangères. Nous sommes persuadés que, dans de telles conditions, l'indépendance de l'Etat fédéral chypriote répondrait aux intérêts fondamentaux aussi bien des deux communautés de l'île que de la Turquie et de la Grèce."

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07/05/2016

La coopération économique entre les Etats turc et soviétique

G. Skorov, "L'aide économique et technique de l'URSS aux pays sous-développés", Tiers-Monde, tome 1, n° 4, 1960, p. 491-492 :

"L'assistance du monde socialiste aux Etats de l'Orient ne débuta pas dans les années 50, comme on le pense en Occident, mais bien antérieurement puisqu'elle prend ses racines dans les premières journées de la Révolution socialiste d'octobre 1917 qui mit fin pour toujours aux traités inégaux imposés par le gouvernement tsariste aux pays de l'Orient. La renonciation au tribut colonial et le commerce fondé sur une nouvelle base d'égalité allégèrent considérablement le fardeau économique des pays limitrophes de la Russie en apportant une aide sérieuse, bien qu'indirecte, à leurs peuples. Malgré ses immenses besoins l'Etat soviétique assura par la suite une aide économique directe aux pays sous-développés. En 1932, le gouvernement soviétique accorda à la Turquie un emprunt sans intérêts pour 20 ans de 8 millions de dollars amortissable en monnaie turque. Simultanément l'U.R.S.S. fournissait à la Turquie des projets de constructions industrielles, un équipement ultra-moderne, ainsi que des ingénieurs et des techniciens. La formation de cadres techniques turcs était organisée en U.R.S.S."

Daniel Vernet, "Ankara et Moscou comptent tripler en trois ans leurs échanges économiques", Le Monde, 26 juin 1978 :

"Moscou. - L'Union soviétique et la Turquie ont signé, le vendredi 23 juin, un "document politique sur les principes de la coopération, de bon voisinage et d'amitié", à la fin de la visite officielle de M. Bulent Ecevit à Moscou. Ce texte reprend l'essentiel du communiqué publié le 17 avril 1972, après le voyage de M. Podgorny à Ankara, mais il lui donne un caractère plus solennel ; sans toutefois être le pacte de non-agression que souhaitaient les Soviétiques, il ajoute cependant des références constantes à l'Acte final de la conférence d'Helsinki. (...)

Le premier ministre turc, qui avait été reçu jeudi par M. Brejnev, et qui a eu plusieurs heures d'entretiens avec MM. Kossyguine et Gromyko, s'est déclaré "profondément satisfait" de sa visite. Il a surtout insisté sur le développement des échanges économiques et commerciaux avec l'U.R.S.S. L'Union soviétique et la Turquie vont signer à bref délai un accord économique à long terme qui prévoira le triplement des échanges en trois ans. Les échanges soviéto-turcs ont atteint 160 millions de dollars en 1977.

A partir de 1979, l'U.R.S.S. s'est engagée à livrer 3 millions de tonnes de pétrole par an à la Turquie, ce qui représente environ un cinquième de sa consommation. La contrepartie turque sera composée de céréales, de coton, de certains minerais comme le chrome et, au cas où ces livraisons seraient insuffisantes, Ankara paierait la différence en devises convertibles. D'autre part, les Soviétiques apporteront leur aide à l'extraction du pétrole en Turquie."

François Schlosser, "L'Occident malade de la Turquie", Le Nouvel Observateur, 25 février 1980 :

"(...) le voisin soviétique n'est pas resté insensible à l'intéressante évolution des Turcs [dans les années 70]. Moscou n'a pas lésiné sur l'aide : un milliard de dollars de crédits pour construire des routes, un complexe sidérurgique, une raffinerie de pétrole (et quatre milliards en projets, notamment pour une centrale atomique). La Turquie livre ses surplus de grains à l'U.R.S.S., qui lui fournit 10 % du pétrole qu'elle consomme, et en Anatolie orientale des lignes électriques sont directement branchées sur les réseaux soviétiques."