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27/11/2013

İsmet İnönü et l'URSS

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Michael J. Carley, 1939 : l'alliance de la dernière chance. Une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, Montréal, Presses universitaires de Montréal, 2001, p. 174-175 :

"Le 4 mai [1939], comme l’avait prévu Litvinov, les Britanniques renouvelèrent leur proposition de garanties unilatérales. Cependant, ce qui suivit n’était pas si prévisible. Potemkine se rendit à Ankara pour poursuivre des négociations en vue d’améliorer les relations avec la Turquie (une alliée importante des Soviétiques durant l’entre-deux-guerres), négociations qui avaient débuté en même temps que celles que menaient les Britanniques et les Français. Il rencontra le président turc, Ismet Inönü, qui reprocha à la France et à la Grande-Bretagne de ne pas s’opposer à l’expansion allemande vers l’est. Ismet estimait que la politique franco-britannique consistait à se tenir éloignés en espérant que l’Allemagne s’épuiserait dans un conflit à l’est, afin de devenir les arbitres de l’Europe. Malheureusement, leurs calculs s’étaient révélés faux, l’Autriche, la Tchécoslovaquie et l’Albanie ayant été englouties. Selon Ismet, les Etats encore indépendants en Europe de l’Est avaient perdu confiance dans l’aide franco-britannique et envisageaient n’importe quel compromis avec Hitler. La Grande-Bretagne et la France, s’étant finalement aperçues du danger, avaient entamé des négociations avec la Turquie et l’URSS. « Pour Ismet, l’URSS ne devait pas rejeter les offres de coopération [franco-britanniques]. » Il conseilla à Potemkine d’accepter la proposition de Bonnet ou, au pire, d’admettre le concept britannique de garanties unilatérales, puis de construire sur cette base. Selon lui, accepter cette proposition n’était pas incompatible avec « la dignité » soviétique. Une alliance anglo-franco-soviétique était cruciale. Du reste, Ismet avait confié à Weygand, qui visitait la Turquie à peu près au même moment, que la France « ne pouvait pas se défendre contre l’Allemagne sans l’aide de l’URSS »."

Emel Parlar Dal, Les relations turco-américaines (1945-1980). Genèse d'une relation spéciale entre ombres et lumières, Paris, L'Harmattan, 2011, p. 238 :

"A propos du lien entre la nouvelle orientation de la politique extérieure turque et la crise chypriote, le Premier ministre turc İsmet İnönü déclara : « le problème chypriote ne trouvera pas une solution satisfaisante pour Ankara dans le cadre étroit de l'OTAN. Le rapprochement avec l'U.R.S.S privera Monseigneur Makarios d'un puissant allié potentiel. La Turquie en revanche, gagnera aux Nations unies des soutiens non seulement parmi les Etats communistes mais aussi dans les rangs des pays non-alignés. De plus, elle obtiendra enfin une aide économique soviétique susceptible de pallier l'insuffisance des Etats-Unis. »

Dans ce climat de détente, un véritable rapprochement s'opéra entre Ankara et Moscou avec la visite officielle du ministre des Affaires étrangères turc Feridun Cemal Erkin à Moscou à l'automne 1964. A ce sujet, notons que les Soviétiques avaient invité le gouvernement turc six mois auparavant. Cependant, cette invitation fut déclinée par le Premier ministre turc İsmet İnönü. Avec l'aggravation de la crise chypriote suite à la lettre de Johnson, celui-ci décida de reconsidérer la proposition soviétique et décida enfin de l'accepter. Indéniablement, la crise chypriote joua un rôle de catalyseur dans le rapprochement turco-soviétique à partir de l'année 1964."

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25/11/2013

Les aides soviétiques à la Turquie dans les années 70

Gilles Bertrand, Le conflit helléno-turc : la confrontation de deux nationalismes à l'aube du XXIe siècle, Paris, Maisonneuve et Larose, 2004, p. 55 :

"Pour atteindre cet objectif (la reconnaissance de la valeur stratégique et du statut de puissance régionale de la Turquie), ses dirigeants mènent une politique de rapprochement prudent avec l'Union soviétique qui renforcerait l'intervention de cette dernière dans les différends helléno-turcs. Quelques mois après la lettre de Johnson, le ministre des Affaires étrangères, Feridun Cemal Erkin, effectue une visite officielle à Moscou (novembre 1964), une première depuis 1939. Suivent deux autres visites officielles à Moscou : celle du Premier ministre Süleyman Demirel (septembre 1967) et celle du président de la République, Cevdet Sunay (octobre 1969) au cours desquelles des aides financières soviétiques sont négociées, ainsi que des partenariats industriels et commerciaux. Après une parenthèse, due notamment au coup d'Etat de 1971, les relations turco-soviétiques connaissent une nouvelle embellie de 1975 à 1979, époque, précisément, de l'embargo américain sur les armes. La Turquie recevra, entre 1975 et 1979, 2,8 milliards de dollars d'aides soviétiques et, en 1978, « elle est devenue (...) la première bénéficiaire de l'assistance soviétique bilatérale au Tiers-Monde »."

Le rôle des Azéris dans la Résistance française

Antoine Constant, L'Azerbaïdjan, Paris, Karthala, 2002, p. 306 :

"Certains [prisonniers azéris] toutefois, une fois libérés des camps [allemands], souvent traités comme des combattants de seconde zone par rapport à l'élite « aryenne », firent défection et rejoignirent des groupes clandestins liés aux réseaux communistes, en France par exemple."

18/11/2013

La THKO de Deniz Gezmiş et la révolution kémaliste

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Hommage de Deniz Gezmiş à Atatürk.

 

Extraits de "La Turquie et la révolution", texte de la brochure : "Lutte(s) dans les prisons en Turquie [1980 - 2002]", Prisonsenturquie.free.fr :

"Le 22 décembre 1970 est fondé le THKO [Armée de Libération du Peuple de Turquie], fondé par Deniz Gezmis. Le modèle révolutionnaire est Cuba : en fondant une armée unissant le peuple, l'Etat peut être très vite balayé. Le THKO se fait très vite liquidé et Deniz Gezmis condamné à mort. (...)

Les partisans du THKO sont ceux qui avaient comme slogan « nous sommes les vrais kémalistes ». Pour la majorité de ses partisans, la Turquie est un Etat capitaliste. Le THKO rejetait la nécessité du parti et était ainsi franchement populiste ; l'armée suffirait à rallier les masses. Idéologiquement, les partisans du THKO ont systématiquement été proches de l'Albanie d'Enver Hoxha."

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Enver Hoxha et la Turquie

Enver Hoxha, rapport au VIIIe Congrès du PTA, 1er novembre 1981 :

"Les rapports qu'entretient notre pays avec la République de Turquie se sont développés et se développent toujours plus dans un esprit d'amitié et de collaboration. La bienveillance et le respect mutuels croissants entre nos deux peuples et pays créent une base solide pour l'extension et le renforcement futurs de ces rapports.

Au cours de leur histoire, le peuple albanais et le peuple turc ont entretenu des liens amicaux et ont eu de l'affinité entre eux. Le peuple turc, qui possède une histoire et une culture antiques, a éprouvé un profond respect pour les valeureux combattants d'Albanie, pour les savants, les philosophes, les hommes d'Etat, les architectes, les écrivains et les poètes albanais ou d'origine albanaise, qui ont apporté leur contribution aux efforts du peuple turc pour le progrès.

Le peuple albanais voue une admiration et un respect particuliers à la figure de Mustafa Kemal Ataturk, cette personnalité et cet homme d'Etat éminent, qui, avec un grand courage et inspiré par la pensée démocratique progressiste, a libéré la Turquie et son peuple courageux du complexe de l'empire des sultans qui le portait à asservir les autres peuples, qui a consolidé l'unité et l'indépendance véritables de la nation turque, et a engagé la Turquie dans la voie de la démocratie et du progrès.

Le peuple albanais a connu les sentiments bienveillants de Kemal Ataturk à l'égard de l'Albanie, et son opposition au roi Zog, à ce tyran du peuple albanais.

L'amitié sincère du peuple turc pour le peuple albanais et la noble inspiration d'Ataturk s'observent très clairement dans l'accueil fraternel des centaines de milliers de nos frères kosoviens, qui furent chassés de leurs terres de Yougoslavie. Nous remercions le peuple frère turc de cette attitude et de son amitié pour le peuple albanais, qui la lui rend bien."

Enver Hoxha, discours devant les électeurs de la circonscription 210 de Tirana, 10 novembre 1982 :

"La grande et sincère amitié qui nous lie au peuple turc frère ne s'est jamais démentie. Les diverses formes de régime ne l'ont jamais ébranlée, car elle est fondée sur les bons sentiments de nos peuples, sur les liens fraternels et de sang de centaines de milliers d'Albanais, qui vivent, travaillent, se marient, ont des enfants, meurent et trouvent leur sépulture dans la même terre que les Turcs.

Nous avons honoré et honorons toujours profondément le grand guide du peuple turc, Mustafa Kemal Atatürk, cet éminent démocrate, qui abattit l'empire ottoman et le khalifat et créa la Turquie nouvelle démocratique. Que tous les pseudo-démocrates et pseudo-socialistes qui oppriment les peuples, qui bafouent leurs droits et maintiennent en vie le colonialisme, édulcoré de belles paroles, prennent exemple sur Kemal Atatürk, qui trancha le « noeud gordien » de l'empire ottoman. Nous souhaitons cimenter constamment l'amitié qui nous unit au peuple turc frère et la développer dans tous les domaines."

15/11/2013

Joseph Staline et le mouvement de libération nationale turc

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İsmet İnönü et Staline.

 

Joseph Staline, rapport : "Trois ans de dictature prolétarienne", Bakou, 6 novembre 1920 :

"En Orient, les succès de l'Armée rouge amorcèrent un ferment qui, comme par exemple en Turquie, se développa en une véritable guerre contre l'Entente et ses alliés. (...)

Nous avons un noyau révolutionnaire, un centre de ralliement pour toutes les autres colonies et semi-colonies, dans la forme du gouvernement de Kemal, un gouvernement bourgeois révolutionnaire mais qui mène une lutte armée contre l'Entente.

Alors qu'il y a trois ans nous n'osions même pas rêver que l'Orient pourrait susciter une action, maintenant nous avons non seulement un noyau révolutionnaire en Orient, sous la forme de la Turquie bourgeoise révolutionnaire ; mais nous possédons également un organe socialiste de l'Orient (le Comité d'action et de propagande)."

Joseph Staline, discours à l'Université Sverdlov, 9 juin 1925 :

"Faut-il soutenir le mouvement de libération nationale en Chine ? A quoi bon ? N'est-ce pas dangereux ? Est-ce que cela ne nous brouillera pas avec les autres pays ? Ne serait-il pas mieux d'établir des sphères d'influence en Chine de concert avec les puissances « civilisées » et de nous emparer d'une partie de ce pays ? Ce serait avantageux et nous ne risquerions rien...

Faut-il soutenir le mouvement d'émancipation en Allemagne ? Est-ce que cela en vaut la peine ? Ne serait-il pas mieux de se mettre d'accord avec l'Entente sur le traité de Versailles et d'obtenir une petite compensation ?

Faut-il conserver notre amitié à la Perse, à la Turquie, à l'Afghanistan ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Ne serait-il pas mieux de rétablir les sphères d'influence d'accord avec certaines grandes puissances ? Etc., etc.

Telle est cette mentalité nationaliste d'un genre nouveau, qui tend à la liquidation de la politique extérieure de la révolution d'Octobre et représente un bouillon de culture pour les éléments de dégénérescence."

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Boulevard en l'honneur de Kliment Vorochilov à Izmir

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Le boulevard Kliment Vorochilov à Izmir.

Place Taksim : la reconnaissance des kémalistes pour l'aide apportée par la Russie de Lénine dans la guerre de libération nationale turque

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Le Monument de la République, sur la place Taksim : derrière Atatürk, les bolcheviks Frounze et Vorochilov.

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Vladimir Lénine et Mustafa Kemal Atatürk

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Mustafa Kemal, lettre officielle à Lénine, 26 avril 1920 :

"Nous prenons l'engagement de nous joindre avec toute notre énergie et toutes nos opérations militaires aux bolcheviks russes qui se donnent pour but de lutter contre les gouvernements impérialistes afin de libérer tous ceux qui sont opprimés par eux. (...)

Afin de chasser les forces impérialistes qui occupent notre territoire habité par notre peuple et afin de consolider notre force intérieure pour pouvoir continuer la lutte commune contre l'impérialisme, nous demandons à la Russie soviétique de nous accorder sous forme de première aide cinq millions de livres turques-or, des armes et des munitions, dont la quantité sera fixée au cours des négociations à venir, et, en plus, certains moyens techniques militaires et du matériel sanitaire, de même que des produits alimentaires pour nos troupes."

Vladimir Lénine, télégramme à Mustafa Kemal, 7 janvier 1921 :

"Puis-je exprimer à nouveau notre gratitude pour votre message, et aussi nos voeux les plus sincères au peuple turc et son gouvernement qui se battent avec une énergie indestructible pour l'indépendance et la prospérité de leur pays."

Mustafa Kemal, lettre à Lénine, 10 avril 1922 :

"Mon Cher Président,

Le Traité que nous avons heureusement conclu avec la Russie ayant été suivi avec ceux intervenus entre nous et les Républiques du Caucase et subséquemment l'Ukraine, la Grande Assemblée Nationale de Turquie a ratifié récemment ce dernier Traité.

Pour procéder à l'échange des instruments de ratification une Mission Extraordinaire choisie an sein de la Grande Assemblée Nationale de Turquie et présidée par le Docteur Riza Nour Bey, Commissaire du Peuple pour l'Hygiène Publique et l'Assistance Sociale est partie pour l'Ukraine.

Etant un des négociateurs du Traité de Moscou Riza Nour Bey a aussi été chargé de se rendre en mission spéciale auprès de Vous.

L'Amitié de la Russie est toujours et comme par le passé la base fondamentale de la politique du Gouvernement de la Grande Assemblée Nationale de Turquie.

J'estime qu'actuellement nos deux Pays doivent plus que jamais constituer un bloc ferme en face de nouvelles méthodes inaugurées par les Puissances impérialistes et capitalistes. L'aide que nous a apportée la Russie à maintes reprises acquiert à nos yeux une importance spéciale.

Riza Nour Bey aura certainement 1'occasion de revenir à ce sujet dans ses conversations. En tout cas, je nourris le ferme espoir que cotte aide ne nous fera pas non plus défaut dans les circonstances que nous traversons.

Je termine, Mon Cher Président, en Vous assurant de mon très sincère et très profond dévouement et de ma très haute considération."

Samir Amin et le développement de la Turquie kémaliste

Samir Amin, Itinéraire intellectuel. Regards sur le demi-siècle 1945-90, Paris, L'Harmattan, 1993, p. 115-116 :

"En Asie occidentale les circonstances - la pression de l'URSS - avaient fait de la Turquie un allié inconditionnel des Etats-Unis. Il reste que Washington n'a jamais renoncé à profiter de sa présence pour liquider le kémalisme - l'ancêtre avec trente ans d'avance du nassérisme et du projet de Bandoung. Revenu deux fois au pouvoir, en 1961 lorsque le général Gursel met un terme au régime compradore de Menderes, puis en 1980, le kémalisme, épuisé depuis longtemps, n'a jamais été capable ni de se dépasser lui-même, ni de laisser la place à un mouvement démocratique et populaire capable potentiellement de le faire. Son dérapage dans la direction du chauvinisme en 1983 (l'affaire de Chypre) s'explique peut-être par cet échec. Obnubilée par sa candidature à l'adhésion à la CEE, toujours refusée par Bruxelles, la Turquie a néanmoins à son actif un développement industriel compétitif qui la range dans le peloton de tête du tiers-monde nouveau. L'effondrement de l'URSS et la nouvelle donne au Moyen-Orient vont-ils mettre cette puissance au service d'un expansionnisme tournant délibérément le dos à l'Europe, ranimant un "néo-ottomanisme" ou un "néo-pantouranisme" ?"

Samir Amin, L'ethnie à l'assaut des nations : Yougoslavie, Ethiopie, Paris, L'Harmattan, 1994, p. 69-70 :

"Aujourd'hui, l'Asie centrale ex-soviétique constitue, avec la Turquie, la seule région du monde islamique sortie de la misère abjecte et de l'inefficacité totale de ses systèmes d'organisation et de production. Elle le doit au pouvoir soviétique."